Deux albums sinon rien
Prologue
Le marketing est un métier vraiment amusant et fantaisiste, vecteur d'effets de mode même. Pour qu'un rappeur soit dans le coup maintenant, il faut sortir un double album (Jay-Z, The Diplomats, bientôt Nas…), parfois à des sauces bien particulières, comme ce fut le cas pour les OutKast avec 'Speakerboxxx & The Love Below' : deux albums solo réunis dans un même boitier. Pour bien se faire remarquer des autres, Nelly a décidé d'enfanter des « faux jumeaux » : 'Sweat' et 'Suit'. On ne parlera donc pas de son troisième opus « d'albums siamois » (le modèle classique), mais bel et bien de 3e et 4e disques. La promotion n'a pas eu trop de problèmes à faire une publicité équitable pour ces deux albums, normal quand on est un rappeur qui a vendu près de 13 millions d'albums en quatre ans. Bref, avec Nelly c'est tout ou rien.
Sweat
Ce 3e album est censé être le plus ‘street' et le plus ‘dancefloor' du lot. Les invités sont aussi variés que nombreux : Lil Flip, Big Gipp, Christina Aguilera, Fat Joe et Remy Ma, Mobb Deep, Missy Elliott et son groupe St Lunatics. Les productions sont assurés par Jay E, The Neptunes, Jazze Pha… En tout treize titres aux couleurs ‘pop-rap' dont seul Nelly a le secret. Au délà du concept de l'album, on remarquera que ce disque n'est pas réellement un véritable album bien ghetto mais encore du bon ‘Midwest Swing' édulcoré. On frole l'extrême limite de la variété, surtout avec des titres comme "Til Ya Head Back" avec la chanteuse ‘wanne be black' Christina, en remplacement de Justin Timberlake. (Sûr, une fausse blonde qui joue encore la vierge éffarouchée attirera plus de suffrages). Le single de tête "Flap Your Wings" est la suite calquée de "Hot In Herre" : Nelly rappe pareil et niveau prod les basses sont un peu confuses. Le morceau d'introduction "Heart Of A Champion" relève assez le niveau avec un refrain chanté par une chorale rendant la chanson plus puissante de part l'atmosphère scénique. Idem pour le très bon "Boy", dans un registre plus New South. Les St Lunatics viennent épauler leur leader sur près de la moitié des chansons (dont le bon "American Dream"). Certaines autres chansons rappelleront le bon vieux temps de 'Country Grammar' ("Down In The Water" et "Another One"). La collaboration avec Missy Elliott et Mobb Deep ( !) engendre un titre assez funk type années 80 pas si désagréable ("Playa"). Pour pimenter 'Sweat', on trouvera un diss envers Wyclef Jean sur "Grand Hang Out" avec les Terror Squad. Et niveau lyrical va-t-on dire ? Joker… Question flow, ça reste du Nelly donc une affaire de gout.
Suit
Ce 4e album donc se cale dans une vibe plus smooth, mélodieuse et lancinante. Les invités sont aussi nombreux que variés, et pratiquement tous des chanteurs mis à part Snoop Dogg et Mase : Ron Isley, Jazze Pha, Pharell Williams, Anthony Hamilton, Jaheim et le chanteur de country Tim McGraw. Côté production, on reste toujours avec les mêmes : The Neptunes, Jay-E, etc… Onze morceaux style ballades, rap de soirée un peu festif, ambiances charmeuses ("She Don't Know My Name"). Encore une fois on frôle la variété avec le vendeur numéro 1 de disque de country en ce moment Tim McGraw, dans une assez belle ballade grattée et mélancolique ("Over And Over"). Le single respectif de 'Suit' s'intitule "My Place" feat Jaheim, rappellant beaucoup "Dilemma", mais en plus émotionnel que ce dernier. Une ébauche de sentiments qui parviendra à toucher pas mal d'auditeurs, comme sa chanson dédiée à son fils ("Die For You"). Côté bonnes tracks au bien au dessus de la moyenne : "Woodgrain And Leather Wit A Hole", "Nobody Knows"… Dommage que Nelly nous ressorte un sample trop connu ("N Dey Say") et quelques petits restes sans grande originalité.
Conclusion
Comme vous avez pu le voir, il est très simple de faire les parallèles entre 'Sweat' et 'Suit' sur beaucoup de points : deux disques différents artistiquement mais assez ressemblant au niveau du schéma. En additionnant le tout, nous avons donc 24 titres, dont 7 avec Nelly en solo. Le défaut majeur et commun de ces deux LPs sont bien sûr le manque de réelles nouveautés, pour servir un formatage presque draconien : une façon de minimiser le risque d'échec vu le choix des deux albums séparés. Heureusement que certains morceaux arrivent à se démarquer du format.
La note Sweat : 11/20
La note Suit : 12/20
La moyenne : 11,5/20
Epilogue
Il est clair et net qu'un double album reliant les deux concepts aurait été plus judicieux. Au lieu de dépenser mettons 18€ pour un double album 'Sweat/Suit', nous aurons un dilemme entre deux disques à 15-16€ (avec seulement 13-11 tracks en plus), donc 32€ maxi pour se permettre de mettre la main sur les deux. Maintenant, il serait assez interessant de voir les différences de ventes entre ces deux LP, voir lequel aura le plus de succès. Car c'est un peu ça le pari. 'Sweat' ou 'Suit', faites votre choix






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