En farfouillant dans les sorties 2008 que nous aurions pu louper, il est de ces oublis qui nous rendraient automatiquement coupables. Car devant un album aussi imposant, force est de constater que nous ne pouvions laisser passer telle œuvre sous silence.
Une cover qui en impose dès le premier coup d'œil : Stephanie nous est présentée avec une tignasse prédominante et chargée de feu. Clairement, il est ici question de chaleur auditive, on dirait presque de brasier artistique quand on sait que Stephanie s'attèlera sur ce 12 titres à faire une démonstration hallucinante de ses talents. Entre un virage parfait sur du brutal RnB Oldschool, du Raw Funk et de la Soul farcie de beats Hip Hop fiévreux, elle réalise une vision fortement exhaustive de ses possibilités. A dire vrai, cette fille fût une ex-membre du groupe acid jazz Brooklyn Funk Essentials et après un premier EP sorti dans l'indifférence générale en 2006 et un autre album McKay créé en 2004, elle décide de revenir fort avec Tell It Like It Is (Muthas of Invention).
Côté pile, Tell It Like It Is humanise une femme disposant d'une voix exceptionnelle et qui utilise cet atout à bon escient. Sur le titre éponyme, la belle ne peut s'empêcher de traiter de sujets consciencieux et très sérieux à l'image d'une grossesse non désirée de sa nièce, ainsi que des éternelles violences qui rythment de manière macabre la ville de Harlem. Sa voix, c'est son moyen à elle de renforcer son discours. Dans « The Letter », elle revient avec insistance, sur fond de guitares criardes, sur l'absurdité de l'intervention américaine en Irak. Heureusement, les fanas de sonorités brutales ne seront pas oubliés comme en attestent les puissants « Say What You Feel » et « Jackson Avenue » qui mêlent respectivement un travail élaboré de saxophones massifs et d'une reprise vertigineuse des plus belles instrumentales Hip Hop Jazzy. Quant à « Oh Yeah », il réunit les qualités des 2 titres précédemment cités. La diversité de cet opus est totale et pour peu que vous vous intéressiez au mouvement, l'artiste sème de beaux clins d'œil comme le laisse croire le virevoltant « Kinky », une sorte d'hommage à peine déguisé en direction de tous ces morceaux à fort coloration café crème. Ainsi, chaque instrument s'exprime avec suffisance tant l'environnement semble évoluer en vase clôt. Un cadre dont n'aurait pas rechigné un d'Angelo. A écouter son style de phrasé, Stephanie rappelle vraiment le maitre de la Nu-Soul : des paroles mâchées jouant à fond la carte du compromis entre le Spoken Word, le Rap et le chant.
Côté face, ce disque déploie ses tentacules sur des ballades enivrantes. Un doux parfum de Motown vient se poser sur l'immense « Where Did Our Love Go ? ». La collaboration d'Anthony Hamilton est une des plus belles que nous connaissions à l'heure actuelle. La charge émotionnelle atteint un paroxysme tel que nous nous demandons encore si le crooner n'est pas un extraterrestre… Il choisit avec minutie ses apparitions et ici, on pourrait penser que c'est sa plus belle : une mélodie époustouflante, des arrangements cuivrés qui font la part belle aux cordes et aux orgues… La perfection même. Pour continuer dans un registre très calme, sur « Oxygen », elle remet au goût du jour un grand standard Folk de Willy Mason alors que pour « Little More Time », la belle électrise des paroles évoluées et imagées grâce à une production riche en voltage.
Que dire d'autre si ce n'est que Stephanie Mckay se place comme la digne héritière d'une Diana Ross pour la richesse et la vigueur des chœurs et d'une Minnie Riperton pour l'organe vocal doré. Un album époustouflant, intelligemment construit et dont les innombrables points forts nous empêchent de reprendre notre souffle. Certainement une des meilleures sorties de l'année 2008, à bon entendeur…






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