Leçon de Hip Hop
Chronique très particulière parce que je vais parler à la première personne, en l'occurence moi. Comme tout le monde, je me demandais si un jour Nas allait ressortir un classique de la trempe d' 'IllMatic'. 'It Was Written' était vraiment bon, 'I Am...' et 'Nastradamus' avaient une connotation un peu bling bling et 'StillMatic' était son album du renouveau. 'God's Son' était assez particulier et inégal même si c'était un sacré gros disque aussi. Il faut dire que le decès de la mère de Nas y était peut-être pour quelquechose.
L'excitation a commencé à me prendre quand je faisais quelques revues de presse ainsi que des commentaires de forumeurs, surtout quand la plupart qualifiait 'Street's Disciple' comme son second classique. Rarement la presse a été aussi élogieuse concernant ce disque depuis que Nas s'est remis les idées en place avec ses deux derniers albums. L'envie de me le procurer a été cumulée aussi avec l'attente de la surprise (un disque pareil ne se télécharge pas hein! question de principes), je me sentais carrément obligé d'avoir ce double disque entre mes mains. Maintenant c'est chose faite et j'ai une intime impression d'être comblé.
En lisant le livret, j'ai surtout maté les crédits et en particulier les samples utilisés : Barry White, Isaac Hayes, James Brown, Run DMC, George Clinton, Earth Wind & Fire, Marvin Gaye... La production de l'album se partage principalement entre Chucky Thompson et Salaam Remi, deux producteurs à surveiller de très très près à l'avenir. Pour le reste de l'inspiration de Nas, fervant élève de la rue et du Hip Hop, il faut chercher chez les Kool G Rap, Big Daddy Kane, MC Shan, Marley Marl et j'en passe... Ce n'est pas Nas, ni Nasty Nas, ni Nastradamus, ni Nas Escobar, ni le God's Son qui rappe, c'est Nasir Jones qui rappe. Rien que de penser ça, je commençais à manquer sérieusement de patience et j'ai passé toute ma fin de soirée à l'écouter.
Disque 1: Une intro qui perpétue cet intense suspens jusqu'à ce que "Message To The Feds, Sincerely, We The People" démarre, et là déjà je sens que 'Street's Disciple' va dépasser tout ce que j'ai pu imaginer. L'écoute se poursuit avec "Nazareth Savage", une oreille sur le beat et l'autre sur les lyrics. Je bloque ensuite sur un morceau complètement dingue: "American Way". N'ayez franchement pas peur du featuring de Kelis d'abord, la production de Q Tip reprenant un sample de George Clinton ("Atomic Dog") rend la chanson presque dansante. Ensuite c'est deux tueries qui prennent le relai, à commencer par le très grand "Disciple" rejouant "Road To The Riches" de Kool G Rap. Quel moment! La 2e c'est "These Are Our Heroes", produite par Buckwild, que s'avère en fait une critique assez réaliste de l'influence du Hip Hop sur d'autres domaines indirectement liés au rap (sport, cinéma...). Enchaînement sur deux autres morceaux atypiques ("Sekou Story" et "Live Now") avec un featuring de Scarlett... qui n'est qu'en faite Nas mais avec une voix féminisée! Pas de craintes à avoir non plus, l'illusion est parfaite. La fin du disque se cantonne dans des morceaux plus calmes avec des superbes samples, trois chansons (et je retiens surtout "The Rest Of My Life" et "Reason") produites par L.E.S qui cloturent ce 1er disque en beauté, et on reste toujours attentif au discours de Nas (pour les plus anglophones d'entre nous).
Peut-être que ce sont de bêtes paroles mais j'oserai simplement dire que rien que ce disque m'a suffit pour faire revigorer en moins le passionné de Hip Hop que je suis. Il surclasse presque toutes les sorties rap de cette année! Maintenant on va me dire que le 2e disque, c'est juste histoire de doubler la durée de vie de 'Street's Disciple', que nenni, il est aussi bon... Bon certes, c'est un peu relou de changer de CD dans la chaine hi fi à chaque fois mais pour 1h30 de plaisir, on va pas faire chipoter sur ce détail. En tout cas le Eminem n'a pas fait long feu, le bouton 'eject' prend tout son sens. C'est le moment aussi de remarque que les BraveHearts n'interviennent pas sur ce disque (et c'est tant mieux!) mais pas de traces d'AZ (ça c'est bien dommage).
Disque 2: Wow, alors là je dis 'wow' : "Suicide Bounce" feat Busta Rhymes (produite par Nas himself) est énormissime et puissante. "Street's Disciple" se passe de commentaires, je ne sais pas quoi en dire en fait. Le nom de "U.B.R. (Unauthorized Biography of Rakim" m'a interpellé: c'est une immense dédicace à tous les grands noms du Hip Hop qui ont rencontré le chemin de Rakim! Et le prochain serait KRS-One... Un autre grand moment de 'Street's Disciple', "Virgo" avec Doug E Fresh au beat box et un Ludacris enfin reconnu pour ses talents de rappeur. Les tracks suivantes parlent de femmes, et avec style. L.E.S. est de nouveau sollicité à la prod (sur "Remember The Times" notamment). Pas les meilleures chansons mais encore une fois je vous rassure, c'est du gros. "Getting Married" est une sorte de métaphore pour comparer l'amour qu'à Nas pour le Hip Hop, un art dont le rappeur a toujours excellé. Maxwell vient apporter une touche soulful et avec classe sur le dansant "No One Else In The Room", agréable en soirée. Mais le must c'est bien évidemment "Bridgin The Gap" avec son père Olu Dara, où Nas va chercher encore plus loin dans ses origines musicales en injectant un blues des plus efficace. Ironie et easy listening sont les paradoxes de "War", qu'il faudra que je réécoute plus en profondeur. On en finira avec sa chanson dédiée à une des autres femmes de sa vie, sa fille Destiny (sur "Me & You").
Bonus: Et oui, les surprises encore avec "You Know My Style" qui sample allégrement les Run DMC. On n'attendait pas ce morceau! Le second s'agit de "Thief's Theme", une autre bombe qui augurait cet été le retour de Nas dans une forme impeccable.
Nas le 'Street's Disciple' a dépassé toutes mes espérances. C'est un disque unique où le rappeur de QB nous bluffe totalement autant sur le côté créatif que artistique. Nas a réussi là où Jay-Z a échoué avec 'The Gift & The Curse' : 'Street's Disciple' se classe très facilement entre 'Life After Death' de Notorious BIG et 'All Eyez On Me' de 2Pac dans le classement des meilleurs double-albums de rap jamais sortis. Chapeau bas Nasir Jones... Il remonte beaucoup dans mon estime. Maintenant je me dis que ce qui pourrait surpasser ce disque, ça serait un album duo avec Jay-Z pourquoi pas. Soyons fous... Il n'est même plus vraiment question de parler de King Of NY je crois, Nas règne simplement en maître sur New York désormais, Nas est grand, très grand. 'Street's Disciple' est la meilleure sortie de l'année 2004 toutes catégories confondues et de surcroit, je confirme personnellement l'authentification de ce nouveau classique. On en entendra parler très longtemps je vous l'assure...






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