Date de sortie: Juin 1994
Label: Def Jam
Lorsque je prononce le nom de Warren G, quelle est la première chose à laquelle vous pensez ? Au G funk, bien sûr: Warren G est synonyme de G Funk, et ce courant musical ne peut se concevoir sans ce rappeur de Long Beach. On peut légitimement avancer, sans avoir peur de voir monter certains au créneau, que le Gangsta Funk a été rendu accessible au "grand public" par ce Monsieur.
Remettons les choses dans leur contexte. Nous sommes en 1994. La France ne s'est pas envolée pour les USA afin d'y disputer le Mondial, mais qu'importe (nous prendrons un jour notre revanche...). C'est du côté de la Côte Ouest, et plus précisément en Californie que tous les regards se braquent. Dans la proche banlieu de Los Angeles, de nombreuses choses se trament, pendant que Dr Dre et son poulain, Snoop Doggy Dogg cartonnent avec ce qui seront plus tard des classiques du hip hop. Mais la "cité des anges" renferment encore bien d'autres trésors. A Long Beach, le jeune Warren G s'apprête à faire ses premiers pas en solo. Je dis bien en solo, car ce jeune homme n'est pas inconnu du monde du rap. Il avait commencé à faire ses gammes sur les albums de son demi frère Dr Dre ('The Chronic'), et sur celui de l'un des ses meilleur amis, Snoop Doggy Dogg ("Ain't No Fun" de 'Doggystyle'). Mais il aura fallu attendre 1994 pour que Warren se lance vraiment, et décide de sortir son premier album, qu'il intitulera "Regulate... G Funk Era".
"Regulate", comme le nom du premier extrait de cet album. Ce titre est la collaboration entre Warren G et son (second) meilleur pote, le crooner Nate Dogg. Dès les premiers mots du "G Child", le décor est posé: "It was a clear black night, a clear white moon Warren G was on the streets, trying to consume some skirts for the eve, so I can get some funk just rollin in my ride, chillin all alone". Ce titre, et plus généralement l'album dans son intégralité n'est juste qu'un long moment de mélodies funky sur lesquelles on se laisse bercer. Les premières notes raisonnent à peine, qu'on a envie d'incliner le siège de son Impala (couleur bleu ciel) et de se laisser transporter à traver Venice Beach, les lunettes posées sur le nez, et le coude à l'air (ou plutot le "koudalair", comme un dirait un ami belge, un peu thug sur les bords...). "Regulate" , n'est pas simplement un premier single. Il avertit l'auditeur de ce qu'il va l'attendre, un album d'un genre peu répandu, le G Funk (ou Gangsta Funk). Ce style musical n'est pas l'oeuvre exclusive de Warren G (le groupe Above The Law étant les vrais précurseurs dès le début des années 90), mais ce dernier aura vraiment oeuvré à sa démocratisation. On parle de G Funk car ce courant musical tend à trouver sa source dans deux autres styles. Le Funk, d'abord, a qui, il reprend grâce aux samples, les bases musicales, et le "Gangsta Rap" dans le recyclage de ses thèmes textuels.
Mais revenons à cet album dont les productions ont été réalisées entièrement par Warren G "him self". Après avoir partagé la vedette avec son ami Nate Dogg sur le titre "Regulate", qui n'est en fait qu'une anecdote de quartier, le rappeur/producteur refait confiance une seconde fois à son ami sur le morceau suivant "Do You See", reprenant le beat de "Juicy Fruit" (emprunté aussi par Notorious BIG pour "Juicy"). Ne vous y trompez pas, Warren G apparait rarement seul sur un titre. Warren G est généreux. Cet album sera aussi l'opportunité de présenter un groupe auquel Warren est très proche, dans la mesure où il en assurait les prods, Tha Twinz. "Recognise" leur permettra ainsi de se faire davantage connaitre, le G Child ne faisant qu'une brève apparition. Le morceau suivant, "Super Soul This", dont le refrain est un sample de son ami Snoop, reprendra le même système: Warren G se consacre à la production, et son invité (en l'occurence Jah Skillz) assure le show. Mais est-ce vraiment l'album solo de Warren G, me diriez-vous ? Je vous répondrai pas l'affirmatif. Ce dernier compense son absence physique derrière le micro, par son talent de producteur.
Après une interlude annonçant la deuxième moitié de l'album, mentant en scène la draft 1994 des "hoes", Warren G reprend les commandes de son album, pour nous livrer ce qui est après les titres "Regulate", LE grand single de cet opus. "So Many Way" présent sur la BO de "Bad Boys", donne à Warren l'opportunité de nous montrer ses talents de MC grâce à un flow si caractéristique, et particulièrement modulable en fonction des productions. Les titres s'enchainent, et nos oreilles frétillent de plaisir. Plaisir prolongé avec le tout aussi magnifique titre qu'est " This DJ" dont l'outro est exécutée par la voix grave de O.G.L.B. A travers ce dernier morceau, dont le clip réalisé illustre parfaitement les paroles, Warren nous rappelle quelques souvenirs de sa jeunesse. Après s'être une nouvelle fois éclipsé pour aller assurer la prod du titre "This Is The Shack", Warren G revient avec un titre moins G Funk ( "What's Next"), tout en restant dans la lignée des sonorités "West", proche de celle qu'on pouvait entendre sur "The Chronic" ou "Doggystyle".
Il aura fallu attendre 11 tracks afin de pouvoir entendre uniquement le "G Child" sur un morceau. "And Ya Don't Stop" sera l'occasion pour le rappeur/producteur de nous dévoiler une dernière fois la recette qui aura contribué à donner à cet album une touche si particulière: "funk, melody, rhythm, base (...) gangsta groove". Le dernier morceau de l'album, "Runnin Wit No Breaks" regroupera, outre Warren G , une nouvelle fois Jah Skills et The Twinz. Ces derniers volant la vedette à toute la clique présent sur cette mélodie pianotée, fait rapidement regretter à l'auditeur, le modeste nombre de tracks que comporte l'oeuvre de Warren G. Oui, nous pouvons réellement parler d'oeuvre...
Bon récapitulons. Cette petite quarantaine de minutes de pur G Funk, a permis à Warren G, entouré de quelques proches invités, de véritablement démontrer l'étendu de ses talents, que se soit au niveau de la prod ou micro en main. Evitant de tomber dans les traditionnels clichés du Gangsta Rap, et sans pour autant faire appel à son demi-frère pour assurer des productions au potentiel de hit, le G Child préfère extraire le meilleur du G Funk à savoir ses mélodies si ennivrantes, et teintées de chaleur, afin de réaliser ce qui restera l'un des grands classiques G Funk de la première moitié des années 90.
Retrospective d'EtranG






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