Certains noms sont difficiles à porter. Tellement qu'il vaut mieux s'en affranchir pour espérer s'affirmer, ou simplement exister. Damian, lui, comme ses frères Stephen, Ziggy, Julian ou Ky-Mani, porte fièrement son nom, celui d'un mythe absolu de la musique jamaïcaine et mondiale. S'appeler Marley, c'est un peu "the gift and the curse". Avec une discographie déjà bien remplie (l'excellent Halfway Tree, en 2001, notamment), Damian, aka Jr.Gong, fait déjà office de star confirmée dans le monde très vaste et intransigeant du reggae. Avec ce Welcome To Jamrock, le fils de Bob Marley s'impose indéniablement comme une force majeure du renouveau de cette musique.
L'album s'ouvre sur une "Confrontation" très enlevée, au rythme soutenu et à l'énérgie dévastatrice. Une ambiance énorme pour lancer cet album, celui de la consécration ("It was written", comme il le disait lui même dans son opus précédent...). "There for you" fait quelque peu redescendre la température tout en conservant un niveau particulièrement élevé. S'en suit le lumineux "Welcome to Jamrock", incroyable hymne à la terre natale de l'artiste, morceau de bravoure et partition d'amour autant que de haine ("Welcome to Jamrock, poor people are dead at random / Political violence, can't done! Pure ghost and phantom, the youth theem get blind by stardom" ou encore la cinglante et acide attaque sur les institutions ("Come on let's face it, a ghetto education's basic / A most a the youths them waste it / And when they waste it, that's when they take the guns and replace it"). Ce morceau, incontestablement poignant et sous haute tension, se fait véritable déclaration de passion de la part d'un Damian Marley tout à fait surprenant d'inspiration.
Dans le registre de la preuve parfaite d'un talent éclatant, citons le merveilleux "All night". Sur un rythme endiablé, Damian (accompagné comme souvent par son frère Stephen) se lance dans un titre époustouflant. Quelle démonstration ! Que dire, également, du sublime "Pimpa's Paradise" (avec Stephen Marley et Black Thought), pamphlet magistral sur la vie crue mêlant drogue et prostitution. Sur ce thème aigre, Damian propose un titre soft et parfaitement maîtrisé. Digne fils de son père, Damian n'hésite pas à porter très haut l'héritage familial en reprenant en partie le mythique "Exodus" (de qui vous savez) sur le très bon "Move".
Beaucoup d'émotions sur cet album, mais nous ne sommes pas encore arrivés à bon port. La fin du disque recèle de quelques nouvelles perles, telle que l'énormissime "Hey Girl", qui mériterait de retourner les dancefloors du monde entier (et même d'ailleurs), tant il allie parfaitement esprit reggae / ragga authentique et sonorités plus actuelles. C'est d'ailleurs l'une des forces majeures de Jr.Gong, qui sait établir le pont entre sa filiation et les temps qui sont les notres. Grosse impression, enfin, sur un "Road to Zion" assez magistral qui convie Nas, tout à fait à l'aise.
Que dire de cet opus, si ce n'est qu'il est incroyable et hautement recommandé à tous les amoureux de musique, amateurs de reggae / ragga ou non. Damian Marley existe de part son talent, comme l'artiste surdoué qu'il est. Sa voix, étonnament proche de celle de son père, laisse souvent une trace indélébile sur les tracks qu'elle parcoure. Un potentiel énorme qui nous explose au visage et aux oreilles, magistral !






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