Depuis 2002 et la sortie de Dutty Rock (et surtout de sa marée de tubes radio), Sean Paul est devenu l'ambassadeur du ragga à travers le monde. Ambassadeur pas forcément représentatif de l'essence de ce style musical, certes, mais tellement efficace. Au gré de ses collaborations avec Jay-Z, The Clipse et surtout Beyoncé et Blu Cantrell, notre homme s'est imposé comme une véritable star (le genre qu'on invite à la Star Academy). Evidemment, cette ascension fulgurante n'est du goût de tout le monde, et Sean Paul est fortement attendu pour la sortie de son troisième album, judicieusement titré 'The Trinity' (en référence également au Tiers Monde, d'après ses dires). Lucide sur les raisons de son succès (des hits imparables et des refrains dévastateurs), Sean a pris le temps de peaufiner sa nouvelle livraison au cours des trois années qui séparent Dutty Rock de The Trinity.
Après une intro de Fire Links (DJ incontournable en Jamaïque, où son sound system fait partie des plus recherchés), l'album démarre avec "Head in the zone", somme toute assez basique mais prometteur. On s'attend donc à une démonstration aussi éclatante que sur son album précédent, à grands coups de titres indiscutables. Pourtant, la tendance s'annonce vite bien moins glorieuse. Rattrapé par les impératifs de son statut, Sean Paul a perdu de sa liberté, et le temps de son "Ganja breed" s'est bien éloigné. Ainsi, la chanson "Legalize it" (sur le Stepz Riddim) a été rebaptisée "We'll be burning", pour un rendu politiquement plus acceptable. Dommage, car la track est plutôt réussie, mais perd de sa saveur, pour ceux qui ont connu la première version en tous cas.
Constat similaire pour l'excellent "Ever Blazin'" qui a été un tube lors de sa sortie sur les séries de One Riddim...en 2003. Un goût de réchauffé, malgré une qualité indéniable, une nouvelle fois. Les vraies satisfaction viennent des titres plus récents comme le très bon "Eye deh a mi knee" (sur le Junkanoo de Donovan "Vendetta" Bennett, producteur star jamaïcain), le plus sombre "I'll take you there", ou encore "Temperature" et "Straight up" (sur le Kopa Riddim qui a connu de beaux jours cet été), calibrés pour les clubs.
Au rayons des franches décéptions, notons les collaborations bien peu inspirées avec Wayne Marshall ("Yardie Bone" est tout simplement insignifiant), Nina Sky, sur un "Connection" modeste, ou encore Tami Chynn pour un titre "rnbisant" à peine déguisé. C'est d'ailleurs le principal problème de cet album, qui recherche ouvertement le format facile du hit préfabriqué. Parfois ça passe, comme sur les mielleux mais plutôt réussis "Give it up to me" et "Never gonna be the same", parfois ça casse ("All on me").
Le constat s'avère mitigé à l'écoute de ce troisième album. De morceaux acidulés en tracks recyclées ou remises aux normes des éxigeants diffuseurs, les amateurs avertis de ce style auront certainement la dent dure contre ce disque orienté pop. Les quelques bons titres démontrent néanmoins que malgré cette dispersion, Sean Paul possède des qualités bien supérieures à celles qu'il nous laisse entrevoir ici. Chacun pourra donc trouver de quoi se satisfaire (en partie) de The Trinity, qui sombre tout de même dans une certaine facilité à laquelle Sean Paul ne nous a pas habitués.






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