Autant être honnête, on n'avait pas tellement vu arriver ce groupe, et c'est donc à tâtons que s'est faite l'écoute de cet opus, format intéremédiaire de 10 titres (qu'on qualifiera d'EP). Sakage Kronik, groupe venu de Colombes (92) et composé d'Aphazy et des frères Aïkone (qui assure également la mise en son) et Jack TK, n'en est pourtant pas vraiment à son coup d'essai. Formé en 1996, et déjà rôdé aux éxigences de l'univers du rap au travers de différentes participations sur mixtapes et d'apparitons en maxi, le goupe s'installe pour de bon avec ce EP, sorti sur Steam Records. Chronique d'un saccage.
Avec une pochette sombre, un visuel agressif, mettant en scène les trois hommes masqués et équipés pour faire mal, on s'attend forcément à un rap lourd et massif, chargé de propos aigres et virulents. Pourtant à l'écoute du EP, la tendance s'avère nettement différente. Des prises de position souvent justes, pertinentes et donc payantes. Mieux, on se prend à écouter plus qu'à entendre. Voilà qui devrait déjà attirer l'attention des plus difficiles. L'intro ("Préambule"), nous plonge efficacement dans le monde de Sakage Kronik, au gré des scratchs bien venus de DJ VR. Une entrée en matière classique, mais qui plante bien le décor et annonce les influences nettement à l'Est.
Instru élégant et flows aiguisés pour "Une balle dit toujours la vérité", qui recycle un sample de voix de Christopher Walken (dans Man on fire) au refrain. Bonne impression sur ce titre sombre et convaincant, malgré une utilisation du dialogue du film qui nous laisse un peu sur notre faim (dommage que le refrain ne soit pas un peu plus fourni). Changement d'atmosphère et retour à un esprit plus egotrip avec "Burn Out", qui ne manque pas non plus son clin d'oeil au septième art (Taxi). Sous la forme d'une longue métaphore filée, les rappeurs lâchent un bon égotrip piochant généreusement références et vocabulaire au monde de l'automobile, soutenus par un beat sautillant quoiqu'un peu léger. Alternant les ambiances lourdes ("80 barres de nos vies", sans refrain ou le solide et bien nommé "Révolté", qui convie Sinik, L'Indis et R2eno et utilise le "Libertad" du film Scarface) et plus détendues, Sakage Kronik se plaît à nous surprendre et à prendre à contre-pieds les attentes de l'auditeur.
Ainsi, ils s'offrent quelques moments de plaisir sur des sons presque dancefloor sur "Mène au score", avec un Nakk toujours en verve ("Arrête man / tu vis dans une roulotte depuis 8 Mile"), puis sur "Bouge toi & ferme la !" (ft. G-Moni). Ils n'hésitent pas non plus à se montrer optimiste (ce qui n'est pas si courant dans le rap de nos jours !) et appellent à la prise en main de chacun (encore plus rare...) sur le bon "Garde la pêche". Un discours louable, à mille lieux des impressions données par la pochette, notamment. Le disque se termine sur un festin collectif, freestyle familial auquel s'invitent les proches du groupe.
Arrivé sans prévenir, en déjouant la vigilence des radars, Sakage Kronik surprend par son sa facilité à changer d'univers avec toujours une aisance notoire au micro. Malgré des beats qu'on aurait parfois aimé plus recherchés, les emcees s'en sortent haut la main avec des phases bien senties ("Le monde est rempli d'ordures et de pourritures / un conseil l'ami, lâche ton gun / et laisse ça aux vrais durs", ou encore "Mets la clim' si t'as chaud pour passer les rapports / Si t'as peur c'est qu't'es pas un réel rappeur"). Un EP enthousiasmant donc, qui nous incitera à surveiller de près leurs prochains efforts (dont le solo de Jack TK déjà annoncé). "Leur son sent la créatine / le notre la création", comme ils le disent eux mêmes, et ils n'ont pas tout à fait tort.






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