Inutile de présenter Talib Kweli, emcee connu pour son rap conscient et reconnu pour ses sorties solides (les excellents Reflection Eternal avec Hi-Tek, Black Star avec son compère Mos Def, ou encore le superbe 'Quality'). Après un 'Beautiful Struggle' accueilli de manière mitigée tant par la critique que par le public, Talib a trouvé refuge chez Koch Records et sort aujourd'hui ce street-album (qui, disons le franchement, ressemble plus à un album à part entière qu'à une tape vendue au coin de la rue). 'Right about now' (2good/ Koch), sous-titre "The Official Sucka Free Mix CD" (on se demande d'ailleurs ce que ce "Mix Cd" vient faire là, un peu comme le "mix" de mixtape chez les Clue, Kay Slay et autres Whoo Kid...). Rien à voir donc avec ses 'Beautiful Mix'. Exit, donc, la période Rawkus. Talib s'en est remis à une structure tremplin qui accueille bon nombre de side-projects et d'artistes en froid avec leur maison de disque: Koch Records via SureShot/ Fastlife. La bonne occasion pour lui de se refaire une santé en misant sur un street CD, moins éxigeant en réalisation comme en promotion, et qui permet de regonfler le buzz à moindre coût. Désormais cavalier seul, ceci est un bon moyen aussi pour Talib de mettre sur pied des fonds pour son propre label Black Smith Music, avant de sortir les prochains disques chez Warner. Curieux tout de même que pendant la sortie de ce disque, Rawkus contre-attaque avec un best of.
Premier contact avec ce disque, et déjà une très bonne impression avec le titre éponyme "Right About Now" et son beat teinté old-school, agrémenté de quelques scratchs bien sentis de la voix de Rick James (R.I.P). On se plonge avec plaisir dans l'ambiance de ce disque qui s'annonce prometteur et soigné, malgré la sortie un peu précipitée. La grosse impression se confirme avec le très solide "Drugs, Basketball & Rap" (produit par Needlz) qui convie les rimeurs nés et beaucoup trop rares Phil Da Agony (des Strong Arm Steady), et surtout l'excellent Planet Asia. Ses déboires récents avec l'industrie du disque ont certes quelque peu contrarié l'ascension de Talib, mais celui-ci n'a rien perdu de sa verve, en témoigne le rugueux "Who Got It". Que dire également de la rencontre au sommet (dans un style assez surprenant néanmoins) avec MF Doom sur "Fly That Knot" ? Un niveau impressionant au micro, beaucoup de talent et de facilité sur ce titre fédérateur et réussi. Sur cette première partie de disque, on trouve un Talib Kweli qu'on aime, celui de ses début sur Rawkus et qu'on rêve d'entendre sur ses prochaines galettes. Notre MC reste au top niveau et un pro de la punchline.
Vient ensuite le soulful "Ms. Hill" sur lequel Talib invite Lauryn Hill à revenir sur le devant de la scène, pour le bien de l'univers de la musique. Démarche aussi surprenante que séduisante, soutenue par un magnifique sample du "In Other Words" de Ben Kweller. Pensée pour la chanteuse des Fugees dans l'espoir d'un immense retour empreint de soul et de spiritualité. Pas de temps mort sur cet opus avec un "Flash Gordon" au beat sec, et un "Supreme, Supreme" qui célèbre dignement la réunion toujours intéressante de Talib Kweli et de son double, Mos Def. Ce morceau des Black Star, produit par Charlemagne, était à l'origine prévu pour 'The Beautiful Struggle'. N'empêche qu'il est déjà annonceur d'un nouvel album du duo. "The Beast", et son featuring béton de Papoose (le nouveau découpeur du rap new-yorkais), donne un bon aperçu du talent du rookie qui excelle déjà sur mixtapes, qui ne faiblit pas devant le monstre Talib: rafales de métaphores et de lyrics engagés de la part de ces deux bêtes de scène.
Le "Roll Of Me", qui suit, constitue l'une des rares baisses de régime sur un instru répétitif et pas franchement inoubliable. Manque d'inspiration de la part de son concepteur Jay Dee? Le constat n'est pas beaucoup plus positif pour "Rock On", un autre morceau retiré de la tracklist de 'Beautiful Struggle' pour cause de bootlegging et piratage. Dommage que cette fin ne soit pas à la hauteur de la première partie de l'album, mais quelle qualité tout de même pour un street-album. "Where You Gonna Run" avec Jean Grae reste bon. Deux remarques concernant ce titre: la première, c'est qu'il s'agit de Jean Grae feat Talib Kweli et non l'inverse (la emcee a d'ailleur signé sur Black Smith); la seconde, il s'agit du même sample sur Pro Tools que "Hidding Place" des Little Brother. tandis que la derniËre track, "Two & Two", notre coup de coeur, clôt honorablement le disque sur une note smooth et souful comme Talib les aime.
Même si le disque s'essouffle un peu sur la durée (malgré 12 morceaux seulement), le plaisir d'entendre Talib Kweli est toujours intact. De bons moments et des invités prestigieux voire prodigieux, du bon son (surtout sur la première moitié et le final) et une place confortée pour Talib Kweli qui annonce qu'il faut toujours compter avec lui. On prend donc rendez-vous avec lui pour son prochain véritable album, en se disant que cette "tape" nous permettra de patienter paisiblement. Un bon moyen pour Talib Kweli d'occuper les bacs, les esprits et nos étagères de CDs.
Chronique des Oppresseurs Lyonnais (Raging Bull et Sagittarius)






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