Après une street-tape bien accueillie en 2004, les fans de rap français attendaient Larsen de pied ferme. Dans un style rude, le rappeur du 93 arrive avec un album imposant, toujours servi par sa voix sèche et enrouée. Intitulé Sombre Lumière, l'opus se veut à la fois pur produit de la rue et prise de conscience d'un environnement hostile.
"Phase II", qui ouvre la longue tracklist (pas moins de 19 titres), nous plonge efficacement dans le monde de Larsen. La production de Skread fait place aux bass volumineuses, pour une présentation dans les règles et des intentions tout aussi limpides. Larsen propose du "rap de gros calibre". On est prévenu. Les titres ne cachent d'ailleurs pas cette démarche, avec "Ghetto, ghetto", "Undergound Méthode" (produit par Animalsons), "Ma Tèce, Ma Street", "93 Kriblage" ou encore "Underground Déprime" qui laissent assez peu de doute sur leur contenu. Dans un style qu'on rapprochera de celui de Booba ou de Rohff, pour le côté street exacerbé, Larsen passe en revue bon nombre des thèmes habituels qui nourissent ce type d'album (rue, business, etc.), sans échapper non plus à quelques refrains féminins chantés, histoire de donner une couleur plus accessible à l'ensemble ("Mon bizness (part II)", "Dieu te garde").
Sur "Offensifs" (ft. Jacky Brown), les deux hommes se livrent à quelques attaques bien placées. Jacky en profite pour régler ses comptes avec un magazine hip hop, en particulier. Sur "Va leur dire", Larsen invite un Soprano (Psy 4) en forme pour un titre jumeau du "Dis leur 2 ma part" de Sinik. Assez efficace, grâce à une bonne prestation du marseillais en particulier. "Asteurci" se présente comme un constat conscient dressé par le rappeur sur lui et ce qui l'entoure. Une prise de recul plutôt intéressante. Comme beaucoup de rappeurs actuels, Larsen s'adonne à une track nerveuse ("Papier calque") sur laquelle il accuse tout le monde et personne à la fois d'avoir copié son style (c'est d'ailleurs étonnat de voir à quel point cette question obsède les rappeurs dès lors qu'ils combattent dans la catégorie "street").
Au final, malgré des beats généralement percutants et des ambiances sombres, l'album tourne en rond, et n'échappe pas aux multiples clichés du genre. Un disque qui ne boulverse pas, et qu'on a parfois l'impression d'avoir déjà entendu ailleurs. Larsen ne se distingue pas de ses concurrents dans la discipline et pioche généreusement dans les incontournables (les refrains chantés pré-cités, l'oriental "Smahlee", etc.), perdant un peu de son identité au passage. Un opus standard qui aurait mérité une prise de risque un peu plus importante, mais dont le discours séduira sans doute des auditeurs à la recherche des sensations du ghetto. "C'est Lars', t'écoutes ou tu t'casses", comme il le dit dans "Phase II". Chacun saura choisir son camp.






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