Deux doubles albums en un an ? Ca fait beaucoup, direz-vous. Pas pour Rohff. Le rappeur du 94, fraîchement auréolé par le réseau radio national en raison de ses tubes calibrés pour les clubs ("Le son qui tue"), pour les adolescentes (bien accompagné dans cette entreprise par Wallen), et pour les vrais durs ("94"), nous revient sans vraiment nous avoir laissé le temps de nous remettre (après La fierté des nôtres), avec trente nouveaux titres. Le but de cet Au delà de mes limites ? "Aller au delà des [ses] limites", comme il le confesse généreusement lui-même. Autant dire plutôt que, fort de son succès et de l'échos dont il bénéficie dans la rue, Rohff s'en est remis à un bon vieil adage : mieux vaut battre le fer tant qu'il est chaud. Fidèle à lui même, Rohff ne manquera pas de créer le débat et de partager les avis, comme entre Ginger et Raging...
L'avis de Blue Ginger, adepte de rap français "crapuleux", passager heureux et consentant des ondes hertziennes :
Rohff est le leader du rap français. Il est hardcore, comme sur "Premier sur le rap". A l'écoute de cet album, gâvé de grosses productions, et illuminé par le flow "hardgore" de son auteur, on se dit clairement que Rohff n'a rien à envier aux Américains. Il a du style, des lyrics solides, il représente la rue comme personne. Lui, Booba et Alibi Montana mènent le renouveau de la scène française. Sur "La puissance", Rohff met les choses au clair : il n'a rien à faire de ses détracteurs. D'ailleurs, ceux qui n'ont pas encore vu son clip devraient se jeter dessus, tant il prouve à quel point Rohff est aujourd'hui au top. Sur "Arrête ta flute", il rappelle qu'il se moque des langue de vipère, tandis que sur "Starfuckeuse", il dénonce les filles faciles qui en veulent à son argent. Excellent. La force de Rohff, c'est de représenter le ghetto sans faiblir. "La violence", "Le pouvoir", voilà des titres qui feront taire les jaloux. Il est sincère et authentique, voilà pourquoi tout le monde l'écoute. Il a des rimes dures et travaillées. "C'est Housni Montana / The rap is yours", c'est encore lui qui se définit le mieux.
L'avis de Raging Bull, (juste) amateur de hip hop :
Merci pour cet avis éclairé Ginger.
Notons d'abord, à la lecture de la tracklist, que Rohff ne cache pas ses intentions de ne pas faire dans la dentelle, une nouvelle fois : "Le pouvoir", "Premier sur le ghetto", "Seul contre tous", "Fumer un mec", "Trop dangereux", etc., sont autant de titres (recherchés) qui témoignent de la volonté du rappeur d'être plus massif (lourd ?) que jamais. D'ailleurs, tout commence avec "Le cauchemar du rap français", qui a au moins le mérite d'annoncer la couleur. Rohff enfile sa veste de grand frère éclairé sur "J'espère", puis la retourne pour un long moment avant de revenir à un discours plus censé sur l'interminable "Regretté".
Entre instrus râtées et domestiquées ("Avec ou sans" ou "Accepte moi comme je suis" entre autres), et refrains aséptisés ("Bol d'air" et "Dis mon nom" sur lesquels Vitaa et Jasmine Lopez ne brillent pas franchement), Rohff ne dissimule pas ses véléités premières. Son disque est destiné à satisfaire tout et tout le monde en piochant sans honte dans les instrus acidulées et les featurings dociles (à ce titre, "Personne", avec Humphrey, représente assez bien la faillite de l'album). Ainsi, Rohff n'est plus vraiment rough... malgré son flow à la hache. Que dire également des mauvais "Génération Mac Gyver : la débrouille", le story telling sans imagination de "Bonne journée" ou de la démonstration (manquée) de style "Club des métaphores" ?
Trop marqué par le compromis et les intentions mercantiles, ce nouveau double album du rappeur préféré des radios tombe à plat. Même les fans de la première heure, qui se satisfaisaient du son puissant et gonflé aux basses amphétaminées, devraient rechigner à porter aux nues cet opus consensuel et complaisant envers un discours éculé et sans grand intérêt. N'hésitant jamais à plonger la tête la première dans les clichés qui lui tendent les bras, Rohff confond régulièrement vulgarité et virulence, cachant derrière des mots crus un avis somme tous assez banal. Au final, difficile de dire si Rohff est effectivement allé au delà de ses limites. Un chose est sure, avec cette livraison médiocre, il les a atteintes.
Si Ginger Blue demandait sans scrupule la note maximale, la délibération finale aboutira sur une évaluation plus acceptable, et plus réaliste.






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