Soyons honnêtes. A la lecture de la tracklist de cet opus, il y a de quoi rester perpelexe. Sixième Sens, qui n'est sans doute pas le groupe le plus coté de l'histoire du rap hexagonal, affiche parmi ses guests les noms pompeux de Fifty Cent, DMX, Nas ou les moins consensuels Mos Def et Black Thought. On comprend évidemment que le groupe se paie l'audace d'inclure sur les prods de Smil (pour la plupart) des couplets d'artistes US en vogue, et franchement, on ne sait pas vraiment à quoi s'attendre (d'autant que la séléction est assez convenue, et qu'on fait un peu une fixation dessus...).
Il n'en est rien, et c'est sur disque que Sixième Sens nous renvoie dans les cordes. Dès l'"Introspection", le ton est donné. Le beat est sombre et opulent, les couplets s'enchaînent et Kizzy, L.I.K et Kedy Kaine font bonne figure, pour le moins qu'on puisse en dire. "La France au rap censé" confirme cette belle impression, et les emcees nous surprennent par leur clairvoyance autant que par leur style accrocheur. "Vis ma vie" (qui annonce le prochain album du groupe), "Saignez les" ou encore "Crois moi sur parole" font leur effet.
Du côté des featurings aussi improbables que virtuels, même si certains font plus l'affaire que d'autres, il nous faut admettre que les rendus sont généralement de qualité. Si L.I.K cotoie les hargneux Fifty et DMX sur un "LIK mother fucker" plutôt sympathique, l'alchimie fonctionne parfaitement entre Kedy Kaine et un Nas complice malgré lui d'une "Autopsie" complétement maîtrisée. Du côté de Kizzy, qui accueille pour sa part Flow Brown, Mos Def et Black Thought, les cartes d'invitation sont plus recherchées et ça s'avère payant également. Pas commun, mais bien mené.
Homogène et carré, le disque se termine par les deux tomes de "Herbes de Province", titres grand format réunissants une foule de rappeurs venus des recoins de l'Héxagone. On retrouve donc avec plaisir quelques voix connues (parmi d'autres beaucoup moins), comme celles de Bouchées Doubles, 20syl (d'Hocus Pocus), Klash l'Afro (la voix de Djel sur le dernier FF), Dadoo (ex-KDD, qui s'est fait très discret ses derniers mois), le nancéien Rachid Wallas (après son très bon Street Cradibility), ou encore Stone, du crew marseillais Carré Rouge.
Surs de leur talent, les membres de Sixième Sens nous emmènent avec malice dans leurs diverses facéties artisitiques (sous herbes de province ?). Pas avares en qualité, ils se paient même le luxe de rassembler le renouveau de la scène française (hormis les rappeurs de la capitale, évidemment) comme pour signifier la montée en puissance d'une nouvelle génération aussi parée que pressante. On attend, non sans impatience, les prochaines aventures de la bande.






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