Du fait de la reconnaissance ces dix dernières années du travail des producteurs, aussi bien mainstreams qu'undergrounds, ceux-ci tendent à s'attirer un interêt croissant et à se tailleur leurs noms pour eux-mêmes, quitte à se « starifier » autant que les rappeurs (Scott Storch, Pharrell...). Il faut bien reconnaître maintenant que lorsqu'on cherche des informations sur un album (d'un groupe ou d'un artiste tel qu'il soit), on ne s'intéresse non seulement pas aux featurings mais surtout à la liste de producteurs qui y participent.
En ce moment, le truc à la mode chez les producteurs réputés qui agissent dans l'ombre, c'est de sortir des albums d'instrumentaux bien soulfuls comme il faut. Ce fut le cas pour feu J Dilla avec ses 'Donuts' et le 'Beat Konducta' de Madlib, mais ce sont deux disques auxquels on leur a reproché la trentaine de morceaux qui ne dépassaient pas les deux minutes. Pour 'Now Playing' (Nature Sounds/ Nocturne), Ayatollah a préféré faire la démarche inverse, c'est-à-dire garder une douzaine de titres (plus un caché à la fin) mais en les rallongeant et les travaillant davantage. Plutôt logique lorsque l'on sait que ce metteur en son (qui a produit pour Mos Def, Cormega, Pharoahe Monch, Styles P...) reste une personne discrète, peu prolifique à défaut d'être sélectif, mais qui ne passe jamais vraiment inaperçu.
A tous ceux qui l'ont connu avec le classique « Ms Fat Bootie » de Mos Def, vous trouverez sans doutes schématiquement quelques similitudes avec « Hold U »: la façon dont est utilisé le sample de voix, le beat et la ligne de basse confortent dans cette idée. Après tout, chaque producteur possède sa touche personnalisée. Ce disque ne fait que dans l'inédit avec un seul contre-exemple : « The Movement », dont on reconnaît dès les premières secondes le beat concédé à Inspectah Deck sur l'album du même nom. Même sans le flow du MC du Wu-Tang, cela reste une grosse tuerie, boostée par des basses électroniques qui font grésiller les baffles et les tympans. En tout cas, vu le plaisir procuré, il n'y a pas de mal!
Mis à part ces deux morceaux, 'Now Playing' est avant tout une oeuvre qui met à plat l'imagination et le professionnalisme d'Ayatollah. De la beauté glaciale de « The Devil Is Sweet » à la bonne note de piano « The Song is Over » en passant par la berceuse mélancolique (« Highway To Heaven »), on traverse parfois des univers un peu rock, électro (« Platinum ») et reggae (« Kingston »). Autant d'ambiances et de mélodies différentes qui restent en tête un sacré bon moment, même après une simple écoute. Le point fort reste bien sûr l'usage des samples vocaux (remis au goût du jour par un certain Kanye West), placés, ajustés et arrangés au dixième de seconde près et qui rendent la magie possible (« I Wonder Why », « Go For It »,...).
Force est d'admettre avec ce premier LP qu'en plus du style qu'on lui connaît, Ayatollah sait s'inspirer d'autres genres et l'injecter dans sa musique. 'Now Playing' est un essai transformé avec aisance, même si certains instrumentaux comme « Stomping Grounds » ou « Who Got It » auraient pu servir à être rappés dessus (par des anciens artistes de chez Rawkus par exemple).






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