Juvenile, ou l'ancien golden boy du label Cash Money Records, qui brassait les millions et submergeait les bacs alors que Lil Wayne finissait d'apprendre à lire (ou presque). Après avoir joué à cache-cache avec son ancien label, et s'être affranchi de son dernier album contractuel avec les frères Williams (Juve The Great), Juvenile a semble-t-il définitivement tourné la page CMR. Il roule aujourd'hui pour lui, et revient avec ce Reality Check sous la banderole Atlantic/Warner.
Alors qu'on constatera d'abord que le temps des covers fluorescentes de l'âge d'or du dirty south est fini, et que Juvenile a opté pour un visuel aussi sobre que classique, le plus important reste de vérifier que le 'Nolia Boy n'a rien perdu de son talent et de son efficacité au micro. En effet, si Lil Wayne s'est tourné vers des productions presque domestiquées pour sa dernière livraison, ses anciens acolytes Hot Boys sont loins d'en faire autant. B.G enchaîne les projets avec de plus en plus de promesses quand à un retour sur le devant de la scène (voir les deux volets de Heart of the streetz), et Juvenile pioche allègremment dans le registre sonore qui l'a rendu célèbre et lui a permis de couvrir ses murs de platine (et ses dents avec...).
Reality Check déborde donc de tracks aussi imparables que typiquement sudistes, comme ce massif "Around the way" qui s'impose comme la réplique idéale presque 5 ans après, de son propre tube : le terrible "Set it off" (sur Project English). Sur le beat réussi du caméléon Scott Storch (auquel aucun gros album n'échappe actuellement), Juvenile propose le solide "Sets go up", tandis que les omniprésents Cool & Dre offrent le premier single "Rodeo" et le très 'Cash Money-like' "Break a brick down". Les nostalgiques du New Orleans des 90's se réjouiront de retrouver la combinaison de Juve et du Capo Mannie Fresh sur "Animal", et seront peut-être surpris de voir que Juvenile n'hésite pas à tendre la main à ses confrères sudistes Mike Jones et Paul Wall (ainsi que ses potes de UTP) sur la bombe "Way I be leanin", qui fera un gros effet chez tous les amateurs du genre. Même la track signée Lil Jon, et judicieusement intitulée "Why Not", ne jure pas dans l'ensemble, tous les producteurs se pliant aux préférences de leur hôte.
Parmi cette belle palette de sons purement issus du style qu'on adore chez Juvenile, certains passages de l'opus laisseront éventuellement perplexe. On pense notamment à la collaboration avec Trey Songz ou celle avec l'excellent Brian McKnight qui, sans franchement être mauvaises, détiegnent nettement dans le paysage de cet album. Véléités commerciales plus qu'artistiques, sans doute, pour un Juvenile qui a vraisemblablement tout compris de la recette du succès depuis "Slow Motion".
Malgré quelques temps faibles pas franchement honteux, ce nouveau disque de l'ancienne star de Cash Money (label dont on a décidément du mal à le dissocier), vient redorer le blason de ce style 'so dirty' qu'on pensait en voie de disparition avec The Carter II. Juvenile au sommet, c'est presque devenu une habitude depuis ses débuts. Mais ça n'est pas une raison pour ne pas s'interesser à cette sortie nettement au dessus de la moyenne. Un très gros album pour Juvenile qui tourne une page sans refermer le livre.






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