Si le ragga s'est considérablement rapproché du Hip Hop, par le biais d'artistes comme Vybz Kartel, Elephant Man ou Sean Paul, d'autres Jamaïquains comme Capleton ou Sizzla se sont aujourd'hui fortement recentrés sur leurs premiers amours, à savoir une musique empreinte d'une certaine spiritualité. Bien qu'ils répugnent rarement à enflammer un riddim ultra digital et à prophérer un discours tendancieux, ces artistes rasta brillent souvent de manière plus convaincante encore sur des instrus roots, et dans un domaine proche de la prophétie qui leur va bien.
Avec des monuments musicaux à son actif, comme le sublime Da Real Thing, Sizzla n'est pas à présenter. Pourtant, ces derniers mois, il semblait se chercher un peu. Multipliant les prestations violentes et les morceaux toujours plus virulents, le chanteur/toasteur avait même été annoncé chez Dame Dash comme une signature tapageuse pour le nouveau label du co-fondateur de Roc-A-Fella. Rien n'ayant filtré de cette collaboration, c'est en toute logique que VP Records commercialise aujourd'hui un nouvel opus de Sizzla. Mais dans le même temps, voilà qu'apparaît ce Jah Protect. C'est étonnant, me direz-vous, mais pour un artiste Jamaïquain, rien de plus courant. Les sorties officielles et les projets confidentielles se succèdent, sans compter les albums-compilations de quelques 'tunes' sorties ici ou là. C'est ainsi le cas de cet opus, qui regroupe une quinzaine de titres plus ou moins inédits (que les non-initiés n'auront en tous cas jamais entendu, selon toute vraisemblance).
La tendance de ce Jah Protect est largement aux sons roots profond et chargé de l'émotion que véhicule depuis des années la voix de Kalonji. "Beautiful Day" fait partie des belles preuves de talent que nous apporte ce disque, tout comme "Planet Earth". Toujours engagé dans ses lyrics, Sizzla nous offre une perle avec "Black People Suffering". Loin des scandales qu'il déclanche parfois (comme Capleton), lorsqu'il se lance dans des brûlots haineux contre les homosexuels, l'artiste nous montre qu'il est d'abord capable de sublimer son propre talent pour évoquer la souffrance des siens. Ceux qui suivent Sizzla depuis longtemps auront d'ailleurs remarqué qu'il maîtrise toujours mieux sa voix lorsqu'il l'envoie très haut dans les aigüs. Un véritable plaisir.
Parmi les points faibles de cette livraison, notons quand même quelques fautes de goûts dommageables, dans un ensemble pourtant cohérent et homogène. Ainsi, sans être vraiment râtée, "Black Women" pourra irriter les oreilles des moins adeptes du chanteur. Il y exacèrbe en effet toutes les spécifictés de son style, jusqu'à le rendre criard. Le très enragé "Legalize it" dénote lui aussi du reste de la tracklist dans le fond comme le forme. Enfin, la grosse bourde de la séléction réside dans l'incompréhensible "freestyle" "Kick dem out" sur l'instru du difficilement soutenable "Candy Shop" de ce cher Fifty Cent.
Au final, pas un nouvel album de Sizzla, mais plutôt quelques bons morceaux sortis sur divers projets ces dernières années (en particulier sur Rastafari teach I everything de ... 2001). Les bons moments sont nombreux, notamment dans la veine reggae roots qui réussit généralement bien à cet artiste. Les erreurs de casting ne sont pas légion, mais certaines s'avèrent franchement douteuses. Les fans se raviront de retrouver quelques perlent manquées au fil des sorties de Kalonji. Les autres se satisferont de découvrir cet artiste talentueux, qui compte aujourd'hui parmi les véritables légendes de la musique made in JA. Intéressant.






Les dernières chroniques

