La musique électronique et les breakbeats cohabitaient au début des années 80, intimement liés par des savants fous tels que Herbie Hancock (le légendaire « Rock It »), GrandMaster D.sT,... Avec le temps, les atomes crochus se sont scindés et ont divergés en deux genres musicaux que l'on connaît maintenant : l'électro et le rap.
Il aura fallu attendre vingt ans plus tard pour redonner une seconde chance à ce genre perdu grace à Spank Rock, un groupe d'électronic beats des temps modernes (ou electro-booty) originaire de Baltimore. Nom de code de leur premier ouvrage: 'YoYoYoYoYo' (Big Dada/PIAS). Vous l'aurez compris, vous n'avez pas affaire là à un simple album de rap lambda, mais à la re-union pure et simple entre hip hop et électro version 2006. Une approche qui n'a rien de si orthodoxe que ça de par leurs origines communes, sachant qu'en plus le courant électronique actuel et branché est entré dans une mode old school aux beats binaires et que le hip hop traverse manifestement une crise existentielle.
Spank Rock le MC (Naeem Juwam de son vrai nom) et son programmeur XXXchange reviennent à la bonne vieille génération Atari, c'est-à-dire faire du neuf sur des bases de l'ancienne école en utilisant les technologies actuelles pour ne garder qu'un son épuré et sophistiqué. En témoigne le premier single bon enfant « Rick Rubin » : une dédicace au barbu hippie hip-hopeux qui s'est bâtit sa propre légende en lançant Ll Cool J, Beastie Boys et compagnie avec le label Def Jam, et qui a vécu justement cette époque des ordinateurs préhistoriques aux transistors gros comme des cacahuetes. Les sonorités restent curieusement familières surtout si vous êtes accros aux jeux vidéos depuis votre jeunesse, certains bruitages sur « Far Left » rappellent même Super Mario et les mélodies simplistes au synthétiseur celles des consoles 8-bits.
Il faut être préalablement initié à la musique électronique, car 'YoYoYoYoYo' ne fait pas dans les préliminaires, ni dans la dentelle. D'emblée, « Backyard Betty » nettoie les oreilles à coups de décharges répétitives et aigues, accentuées par des basses supersoniques histoire de faire bouger les fessiers. Les filets de lyrics de MC Spank Rock sont très impudiques et parlent, tiens donc, d'une fille qui trémousse de l'arrière-train. Plutôt coquin, d'autres titres jouent la carte de la séduction sur dancefloor comme c'est le cas d'abord de « Touch Me », digitalisant des voix féminines érotisantes et des rugissements sur vinyl pour le côté félin aguicheur et sadomasochiste. Le rythme effreiné se poursuit avec l'addictif « Bump », en compagnie d'Amanda Blank qui fait une démonstration de flow en piquant un sprint final, et « Sweet Talk » qui mêle rimes salaces et guitare soul/funk. Une drole envie de clubber s'empare de nous!
En début d'album, le courant passe bien à froid, stimulant comme une pillule d'ecstasy. « What It Look Like » part dans un bad trip hop qui angoisse de par son air de violon hâché, tandis que les tambourins viennent marteler sur « IMC ». La balance entre le hip hop et l'électro est savamment dosée, et parfois l'équilibre penche un peu plus d'un côté. C'est le cas des derniers titres orientés rap, montrant que Spank Rock n'a rien d'un MC amateur. « Coke & Wet » se plaît sur un beat plus brut et plane sur un délire de dealer, alors que « Competition » est hardcore dans le contexte, bouncy par le beat, tribal par les percussions avec une touche électrique glaciale finale. Le final « Screwville, USA » conclut avec un passage vocal au ralenti caractéristique du screwed & chopped, avec un sample de violon (encore) typé abstract.
Les beats font peacemakers, le tempo régule la fréquence cardiaque quand les synthés provoquent des pulsions guidées par les paroles explicites de Spank Rock. 'YoYoYoYoYo' est un bricolage inventif riche en insanités virtuelles qui finit par nous apprivoiser et non l'inverse. A programmer en boucle.






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