Retour à la lumière pour Busta Flex pas moins de quatre années après son dernier album, « Eclipse ». Après cette période de recul, « La Pièce maîtresse » est dans les bacs, et le MC nous offre une prestation de qualité, dans un album qui se partage entre maturité et bon délire. Après une bonne intro qui nous immerge dans l'univers de l'artiste et nous annonce la couleur, on entre dans le vif du sujet avec une quinzaine de titres bien calibrés. On ne peut que saluer le gros travail au niveau des prods, énergiques, qui collent bien au personnage. Toutes les instrus peuvent vous faire bouger la tête, ici pas de dérives dans la sombre mélancolie et la gangsta attitude, c'est pas vraiment le genre de la maison, et cette fraîcheur dans le rap français n'est pas sans déplaire à l'heure actuelle.
Busta s'inscrit plutôt dans la tradition première du Hip-Hop, à savoir « Peace, Love & Having fun », complétée par une lucidité et un certain sens de la provocation. Cette filiation est bien exprimée par l'artiste dès le premier titre, « Hip-Hop », déclaration d'amour qui prouve à quel point il se reconnaît dans cet art. Le titre est agrémenté de scratches de bon alois, sur un instru bien balancé. Rappelons que « Fonky Flex » excelle plutôt dans le genre « egotrip », qui est sa spécialité. Aussi se vante-t-il à répétition d'avoir le meilleur flow, le meilleur style, le meilleur son, etc : « Evidemment j'me la pète, j'me répète, mais j'suis hors compète » dixit lui-même.
On ne peut pas reprocher à Busta de faire du Busta, et dans le genre, le titre « Flex Fonk » est une réussite. D'autres morceaux déclinent le même registre. Sur « Sauvage », le MC se donne une définition bien sentie et percutante tandis que « Missile flow » reprend cet exercice de style, avec un refrain reggae : « Trop d'flow, trop d'style / Trop d'ego j'n'ai pas d'égal ». C'est vrai que techniquement, le flow de Busta est très au point, riche & travaillé, et il dynamise bien les morceaux. Côté lyrics, le talent d'écriture est au rendez-vous, malgré quelques rimes un peu faciles qu'on voit venir de loin.
Mais la qualité de « La Pièce maîtresse » est sa diversité. En effet, Busta a vielli, changé, et nous le fait entendre sur des titres plus posés. Par exemple, « J'me fais rare », plus introspectif et personnel, relate bien les évolutions du parcours du MC, aux aspirations plus adultes aujourd'hui. L'honnêteté de ce titre et sa maturité en font un des meilleurs de l'album. Que les fans se rassurent, le rappeur n'est pas devenu gâteux : « MC j'ai plus 20 ans mais l'flow est toujours pimpant » rappelle-t-il sur « Rowsfav », un morceau énergique au bon refrain. Dans la même veine de maturité, citons « Quoi de neuf ? », un texte plus « conscient » et critique par rapport à l'ensemble de l'album, mais moins abouti (un domaine que Flex maîtrise un peu moins bien). Dans « N'appelle pas la police », le MC fait bonne figure dans le rôle de grand frère, sur un texte assez bien réfléchi. Une parenthèse amoureuse en hommage à sa lady, « Mon Eternel » (un rap d'amour) dévoile la facette de lover du MC qui sait se faire émouvant malgré le côté sirupeux du refrain chanté, tendance R&B. Un titre qui exprime bien l'évolution du bonhomme. Et comme les rappeurs sont souvent des artistes remplis de paradoxes, on enchaîne avec « J'aime bien ton boule », ou les aventures sexuelles de Busta, ironiques à souhait, et qu'on ne peut pas vraiment qualifier de « romantiques » : « J'aime bien ton boule mais j'aime pas ta gueule… » Le Busta des premiers jours est toujours là, et récidive avec « Non stop », à l'ambiance sexy dancefloor, mais pas très original. Le disque se clôt sur l'hymne des fumeurs de MJ avec « Puff puff pass », bien entendu très drôle, qui rappelle de loin « Pass le oinj » des grands frères du Suprême NTM. On sent une grande expérience chez le MC concernant cette question.
On compte très peu de featurings sur cet opus, mis à part à l'occasion de quelques refrains, et ceux-ci, réalisés avec des chanteurs, sont plutôt destinés à étoffer la musicalité des morceaux. On sent là la volonté de Busta de développer son propre univers d'un bout à l'autre de son skeud, d'en faire une œuvre très personnelle, et on ne peut pas l'en blâmer.
Last but not least, évoquons une bombe d'instru comme on les aime, réellement irrésistible, signée Sullee B Wax : « Les traîtres ». Un son qui élève le niveau textuel, déjà très sensé et juste. Peut-être le meilleur titre de l'album, où le MC joue avec son flow et avec des punchlines bien puissantes pour développer une vision fine de ce sujet délicat dans le hip-hop.
En bref, « La Pièce maîtresse » confirme Busta Flex dans son rôle de mec qui ne se prend pas trop la tête, qui ne joue pas la racaille, et dont le principal objectif semble être de faire passer un bon moment, dans la pure tradition hip-hop : divertir intelligemment. Objectif atteint sur ce qui est probablement le meilleur album du bonhomme, plus travaillé que le premier, même s'il est moins éclatant. Un MC qui maîtrise la vibe, ça fait plaisir
- P-A -






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