Si l'on vous demandait d'où vient le vent frais qui souffle depuis quelques années sur le mélange rap/ragga, il y a peu de chance que vous soyez prompts à citer la Suède. C'est pourtant dans nord de l'Europe qu'a élu dommicile une partie du renouveau d'un rap engagé, mêlé d'influences et de collaborations ragga, parfois teinté d'une défiance envers l'impérialisme US, et toujours savamment diffus entre tous les genres dont il se nourrit.
C'est donc avec impatience qu'on attendait le retour de Promoe, artiste sans frontière basé en Suède, et dont le sixième album (troisième solo, auquel il faut ajouter autant de sorties avec son excellent groupe Looptroop) s'annonçait tout aussi savoureux que ses premières salves (Government Music en tête). Aussi, le versant ragga du bonhomme s'est encore accentué avec White Man's Burden, qui convie rien de moins qu'Assassin (le toasteur Jamaïquains, pas le groupe intellectuel français…), le prêcheur enflammé Capleton (pour le terrible single « Songs of Joy »), le chanteur Daville (pour le très bon « In the morning »), ou encore le virulent Canadien Kardinal Offishal qui bastonne sur « Trapped », et le Français tout terrain Leeroy qui signe un beau duo inter européen avec le rasta suédois sur « Eurotrash ». Les bons morceaux s'enchaînent sans relâche, dans une homogénéité et une constance que les poids lourds invités troublent à peine. « Headache », « Post Card » ou « White Man's Buredn » témoignent (pour ceux qui ne l'aurait pas constaté à l'écoute de ses premiers solos) que Promoe est amplement capable de briller sans assistance, alors que l'irrésistible « Identity Crisis » apporte la preuve que l'entourage proche de notre homme (en la personne de Nosliw) ne démérite pas face aux pointures internationales.
Doté d'une solidité à l'épreuve du temps, ce nouvel opus de Promoe marque un tournant dans le parcours de Promoe : celui de la reconnaissance de ses confrères jamaïquains et du monde du ragga en général. Entre militantisme citoyen et démarche artistique pure, le rappeur/toasteur suédois réussit le parfait alliage des genres. Bien malin, en effet, qui saura classer cet album dans une catégorie particulière sans occulter une partie de l'identité et des qualités de l'artiste. Il ne s'agit alors pas de chercher à barder Promoe d'étiquettes pour le restreindre au rap ou au ragga, il est l'enfant métisse de ces deux univers, héritage qu'il retranscrit parfaitement dans sa musique.



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