On peut très bien être un rappeur plus doué que la moyenne et démontrer le contraire à chaque sortie. Cette réalité contradictoire colle depuis trop longtemps à la peau de Jason Green qui, sous le pseudonyme de Planet Asia, n'a jamais cessé de décevoir sur ses projets personnels malgré un flow toujours estampillé haut de gamme. Connections peu judicieuses, déficit d'ambitions ou réel manque de goût, tous les cas de figure sont à prendre en compte pour expliquer l'embourbement inquiétant de la carrière de Planet Asia. The Sickness, part 1 n'ayant fait que confirmer la trajectoire incompréhensible du rappeur de la Bay, on attendait beaucoup de The Medicine, premier projet d'envergure de notre homme depuis la sortie dans l'indifférence générale de son pourtant louable The Grand Opening.
Souvent critiqué pour ses choix douteux en matière de beats, Planet Asia s'est entouré pour ce nouvel album (censé marquer un tournant pour sa carrière) de son voisin Evidence, du groupe Dilated Peoples. Entièrement produit par les soins de ce beatmaker reconnu, l'opus fait démontre une homogénéité certaine, et une qualité relativement constante. C'est d'ailleurs là que les choses se gâtent, puisque si Planet Asia fait toujours valoir son flow mordant et sa voix cinglante, Evidence ne verse pas toujours dans l'originalité pour ses compositions. Pire, certaines pistes brillent par leur banalité, à l'instar du dépouillé « Get Active » sur lequel les kicks assourdissants et sans saveur viennent plomber une collaboration alléchante entre PA, Phil Da Agony et Krondon. Toujours au rang des beats indignes des espoirs placés en cet opus le morceau titre (« The Medicine ») s'avère difficilement défendable à cause d'un sample entêtant et répétitif, dépourvu de beat, et trop discrètement soutenu par une basse paresseuse. Il faut bien le talent de Planet Asia, et sa hargne de rappeur, pour sauver de la noyade certaines tracks vraisemblablement bâclées par un Evidence vite arrivé aux limites de son inspiration pour cette galette. Heureusement, à d'autres égards, The Medicine relève le défi légitime d'un rappeur de la trempe d'Asia. Ainsi, la rencontre au sommet entre les entités Cali Agents (Planet Asia et Rasco) et les Dilated Peoples (simplement intitulé « Dilated Agents ») vient ponctuer de belle manière une tracklist parsemée de surprises, bonnes ou mauvaises. « Over Your Head » sonne très bien (la présence de Black Thought au micro et la co-production d'Alchemist ne gâchant rien…), alors que « Stick & Move », « Old Timer Toughts » marque l'entente artistique de Planet Asia avec son pote Defari (sur des beats simples, mais réussis).
Pas encore résigné sur ses capacités à proposer enfin un album à sa dimension, le rappeur de la Bay n'échoue (ou ne réussit, c'est selon) qu'à moitié dans son entreprise de séduction et de rachat. Si ses intentions sont douteuses avec des titres comme « In love with you » (ft. Jonell) ou « Ghetto's Thirsty » (ou quand Planet Asia ne renonce pas à conquérir les ondes radios, quitte à miser les standards maintes éculés par ses confrères…), le rappeur apporte une énième fois la preuve de son talent avec ce disque pourtant mitigé. Peut-être trop confiant dans les capacités d'Evidence à lui fournir des beats pour l'intégralité de son opus, Asia s'empâte dans une tracklist inégale, sans trop d'envergure, et démesurément tributaire du travail d'un beatmaker apparemment dépassé par l'envergure de la tâche (DJ Babu aurait pu être un compagnon de meilleure fortune, si l'on se réfère à son travail d'orfèvre accompli « pour » Defari sur l'opus de Likwit Junkies). Le rendez-vous est donc encore manqué pour ceux qui espéraient secrètement un opus référence pour Planet Asia. Il demeure tout de même un The Medicine plaisant qui contentera (jusqu'à la prochaine fois) les fans de cet artiste au flow supérieur, et dont les mauvais choix n'entâchent qu'en partie des skills au dessus du lot.






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