Après son propre album Jihad et l'Apartheid de ses collègues de label (DIN Recodrs) Bouchées Doubles, on ne peut pas dire que Médine et les siens n'ont pas marqué de leur empreinte le paysage du rap français des mois écoulés. Dans un style controversé, griffant l'histoire française jusqu'au sang, Médine a imposé son rap engagé, véhément et partisan de la dénonciation d'une accumulation de souffrance trop difficile à avaler. Tranchant dans le vif la complaisance et les esprits anesthésiés, et en attendant l'arrivée de son très prometteur Arabian Panthers, le rappeur le plus mordant de DIN nous revient avec Table d'écoute, un dix titres bien ancré dans l'Histoire personnelle de son auteur.
Reposant sur un concept assez sympathique (quoi que n'apportant rien de plus que la musique elle-même), l'opus est articulé autour d'une dizaine de morceaux entrecoupés d'interludes type boîte vocale, au cours desquelles des artistes de renom (Rim-K, Soprano, Diam's…) viennent laisser un message à Médine, introduisant plus ou moins finement le morceau à venir. Passé ce détail plus anecdotique que décisif, le réveil est rude, et l'auditeur prend en plein visage « Table d'écoute », premier morceau éponyme et cinglant marqué par la plume précise de l'artiste. Histoire de complot, de manigance, de « trafic de préjugés » et de surveillance rapprochée, Médine rapporte les affres d'un rappeur engagé et dont les propos déplaisent, choquent. Au centre de la tourmente ce récit adroit nous entraîne dans une fiction troublante, qui fait écho au morceau « Hotmail », sur lequel il est question de règlement de compte virtuel avec des internautes mal intentionnés et à l'interprétation erronée de la musique du pensionnaire de DIN. Visiblement atteint par les accusations dont il a pu être la cible après la sortie de son dernier album, Médine met au clair sa vision du militantisme : pas un « intégriste », pas un « terroriste » en puissance, mais pas non plus un incitateur à la haine. Revendiquant une équité et une justice, le rappeur semble parfois passer le cap de la politique pour donner un grand coup dans les reins de l'Histoire : sur « 17 octobre », il narre le terrible déroulement d'une tragédie orchestrée par les autorités française sous l'occupation. La tendance vindicative de ce concentré de textes et de rimes réapparaît nettement avec « Arabian Panthers 1 », dont le titre suffit à définir les contours du propos, et le très bon « Jeune Vétéran », ou la vie comme meilleure école de la Vie…
Pas uniquement porté sur la contestation, cette Table d'écoute recèle également de quelques déclarations d'amour à la musique, comme le réussi « Machine à écrire » (ft. Aboubakar », mais aussi et surtout l'ogive « Lecture aléatoire ». Au cours de ce flashback mémorable, Médine retrace en effet une partie de sa propre histoire, et de sa rencontre avec le rap français. Rendant un hommage beau et sincère à IAM, NTM, Lunatic, Arsenik ou encore Kéry James & Ideal J, le morceau marque durablement la filiation de Médine avec des artistes ayant eu un impact certain sur leur musique. Visiblement décidé à rayer la façade de marbre du rap français pour y inscrire son nom, Médine nous livre là un très bon disque entre deux albums. Sentant très fort la résistance (quoi qu'on puisse regretter l'absence fréquente de nuance dans le propos…), cette nouvelle sortie DIN Records ne devrait pas avoir de mal à prendre le sillage des précédentes, et à bénéficier d'un accueil (au moins d'estime) à la hauteur des attentes placées en sa Tête Chercheuse la plus en vue.






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