03 Novembre 2004. L'Elysée Montmartre affiche complet. Ce soir, la fameuse salle parisienne, connue pour son ambiance calfeutrée et la qualité unique de son installation sonore, affiche complet. Tous sont venus applaudir Hocus Pocus, quintet Hip Hop nantais, propulsé quelques mois plus tôt « découvertes de l'année » par les amateurs de rap français éclairés. Et, malgré cela …..
Malgré cela, 20Syl et sa bande ne furent pas les véritables stars de la soirée. Tiens donc ? Alors, peut-être furent-ils un ton en deçà des quintuples champions du monde DMC de C2C ? Non plus ? Eh non, ceux qui réussirent le tour de force d'éclipser le temps d'une soirée nos compères normands, au public pourtant conquis d'avance, sont les Procussions. Tous droits venus du Colorado, nos trois compères (Mr J Medeiros le MC sous dopamine, Res le MC - graphiste, et Stro le producteur et rappeur de grand talent ) mirent littéralement le feu à la scène, grâce à un set survolté, combinant morceaux soulfuls énergiques et instrumentaux électrifiés.
Cette situation n'a en soi rien d'étrange. En effet, ce triumvirat bondissant n'en est plus à l'heure de ses premières armes, que ce soit sur scène ( on les a vu fouler les mêmes planches que Run DMC, Krs One, Talib Kweli, El P, The Pharcyde … un CV scénique qui en ferait pâlir plus d'un ) ou en studio. Leur première production, « As Iron Sharpens Iron » (comme l'acier aiguisant l'acier … un titre qui résume à lui seul la philosophie du trio ), sorti en 2003, suintait de partout d'une suave chaleur soul, agrémentée de textes au cordeau, assénés avec vigueur par des MCs instinctifs et tranchants. Le beau succès d'estime de cette première salve leur permit d'accéder à un statut de « valeur montantes » de l'underground américain, et d'être repérés par les dirigeants de Rawkus, qui, après avoir du fermer boutique, avait décider de revenir sur le devant de la scène en repassant par la case « indépendant de qualité ».
C'est donc chez un Rawkus surmotivé que paraît cette année leur second essai phonographique, intitulé « 5 Sparrow for 2 cents » ( 5 moineaux pour 2 centimes … ne venez pas me demander la signification d'un tel titre, je l'ignore). Et, encore une fois, c'est indéniablement la fougue qui sert de fil conducteur à l'opus. Cette énergie surdimensionnée, les Procussions n'en manquent pas, et la mettent tout autant à profit pour la création que pour le contenu rageur de certains de leurs textes, voire des productions de Stro. En effet, l'énergie et l'enthousiasme étant mères d'évolution, l'éventail musical du groupe s'est grandement étendu en 3 ans, et s'étend désormais de la soul psychédélique, comme sur le très réussi « Simple Song », au gros rock qui travaille les cervicales, par exemple sur le monstrueux premier single « The Storm », parsemé de riffs de guitares énergiques qui vous convertiraient le premier intégriste rapologique venu à l'art binaire. Et on ne s'arrête pas de si bon chemin dans l'exploration de la ( certainement ) conséquente collection de vinyles de Stro, puisque ce dernier nous offre l'accès à presque autant d'ambiance que l'album ne contient de tracks. La soul vintage est mise à l'honneur sur le très beau « Miss January », sur lequel le trio s'est payé le luxe de convier l'une des anciennes gloires de son label d'accueil, j'ai nommé Talib Kweli, qui nous offre une très belle prestation au micro, en attendant son quatrième solo. Mr J Medeiros fait honneur à ses origines lusitaniennes pour ce qui restera l'un des morceaux les plus aboutis de l'album, « American Fado », voyage de six minutes au pays d'Amalia Rodriguez et véritable preuve, si nécessaire, que c'est dans l'émotion que les grands excités savent véritablement se révéler.
Alors, bien sûr, la fougue et l'envie débordante peuvent avoir leurs petits effets pervers, et deux ou trois titres pêchent par excès d'enthousiasme et/ou de spontanéité. « For the Camera » ou « Rain Dance » pourront caresser l'oreille de l'auditeur à rebrousse-poil, tant la coupure qu'ils opèrent avec le restant de l'album (pourtant très éclectique) se fait nette, et le style adopté trop peu maîtrisé. Mais, au final, ces rares et toutes relatives fautes de goût ne doivent pas venir entacher un bilan plus que positif, et un second album qui est loin de se trouver ombragé par la précédente livraison, bien au contraire.
A vrai dire, je n'espère aujourd'hui qu'une seule chose : que, lors du prochain concert des Procussions, un jeune groupe viennent éclipser leur prestation aux yeux de toute la salle. Cela ne constituerait alors qu'une bonne nouvelle et une preuve supplémentaire de la très bonne santé actuelle de la scène indépendante américaine.






Les dernières chroniques
