Label: Columbia
Date de sortie: 17 Décembre 2002
Une année après son retour au sommet avec le fameux Stillmatic, Nas nous dévoile sa nouvelle cuvée en 2002, une cuvée non sans arrogance apparente et pompeusement intitulée "Fils de Dieu". Cet album, riche en références bibliques, est le sixième album de Nas, et sûrement le plus émotionnel, imprégné d'expériences récentes de sa vie privée. Des obstacles dont Nas est ressorti plus fort et plus saint que jamais…
L'album débute avec« Get Down », track produite par Nas en personne et Saalam Remi. Le ton est déjà donné sur ce son qui sent bon New York, montrant un Nas toujours habile au mic et sûr de lui. Nas nous expose les problèmes des quartiers pauvres où drogues dures et guns sont maîtres du destin des hommes. S'en suit « The cross », produite par Eminem, où Nas identifie le chemin qu'il parcourt au chemin de croix du christ “I'm happy that the streets is back in New York/ For you rappers, I carry the cross”. Une forme de dévouement de Nas au Hip Hop, pour que le rap ne devienne pas une musique pop & rnb sans saveur. Vient alors le street anthem New Yorkais de l'année 2002, alias « Made You Look » au beat très old school, produit par Salaam Remi. Hommage à la Grosse Pomme et au son qui l'anime, le clip de ce morceau met en scène Nas et son crew (The Bravehearts), parcourant différents quartiers de NYC tel qu'Harlem, le QueenBridge, Brooklyn, où encore le Bronx (où Fat Joe fait une apparition). A noter la présence salvatrice de Salaam Remi sur ce nouvel opus, où il produit entre autres « Zone Out », où nas pose avec en featuring ses acolytes Bravehearts, ainsi que « Hey NAS » qui racontent des rapports échoués avec les femmes. Salaam a.k.a « The Chameleon », offre également le fameux single « I Can », qui reprend la mélodie de "La lettre à Elise" de Beethoven. Dans cette chanson, Nas prêche la bonne parole de Dieu, en enseignant à la jeunesse les vertus au travail comme moyen d'accès à une vie meilleure, mais aussi en mettant en garde contre les pièges de la rue et de la drogue. Le fait d'avoir un refrain chanté par des enfants rappelle curieusement le titre « Hard Knock Life » de Jay-Z, mais l'efficacité est au rendez vous et les rotations en radios suivent le pas.
Hasard ou non, toujours comme Jay-Z, Nas s'offre le luxe de poser aux cotés d'une légende du rap, ici en l'occurence 2pac sur le remix de "Thugz Mansion" (Jay-Z lui l'avait fait avec The Notorious B.I.G sur "A dream" extrait de The Blueprint² sorti un mois auparavant). L'un des principaux titres de cet opus reste le “story-telling-diss-track" «Last Real Nigga Alive » où Nas nous raconte l'histoire de son beef avec Jay-Z en usant d'un name dropping allant de Puff Daddy à Notorious B.I.G, en passant par le Wu-Tang. Sur le refrain, il use d'une ironie parfaite en demandant à Dieu qu'il ait de l'indulgence pour son rival : « Lord have mercy, Jesus Christ/ He's just nice, he just slice like a ginnsu » ("Seigneur ait de l'indulgence, Jesus Christ / Il est juste clément, il tranche juste tel un samouraï"). Nas la joue alors mature, insistant sur le fait que les attaques de son adversaires sont plus que puériles : « There's no more shit than wanting to be this King of New York shit ». (« Il y a pas plus merdique que de vouloir devenir ce putain de Roi de New York »). Pour l'anecdote, cette track est produite par Ron Browz, qui avait déja produit auparavant la fameuse et célèbre diss track « Ether » qui répond à l'insolent « Takeover » de Jay-Z, sur l'album précèdent de Nasty Nas, « Stillmatic ». Nas apparaît également au sommet de son art avec trois tracks signées de la plume d'un Alchemist très inspiré : « Book of rhymes » , « Mastermind » et « Revolutionary Warfare ». Dans la première track Nasir Jones nous plonge dans son « livre de rimes » où il auto critique son travail. Dans la seconde Nas nous donne la définition de ce qu'est pour lui un grand esprit (c'est-à-dire lui-même), qui malgré l'argent, les bijoux et les voitures de luxe dont il dispose, est là avant tout pour décrire les malaises de la société et jouer un rôle de visionnaire. Tandis que dans "Revolutionary Warfare", Nas accompagné de Lake, exposent sa pensée révolutionnaire.
Et, pour rendre hommage à sa mère décédée pendant l'enregistrement de l'opus (il le lui dédit, d'ailleurs), Nas pose le très émouvant "Dance", sur une très belle production signée Chucky Thompson. L'album se clôture sur "Heaven" produite par Agile, où le rappeur veut nous faire comprendre que le paradis peut exister au fond de nos cœurs, qu'il ne s'agit pas d'argent ni de choses matérielles mais de vivre en harmonie dans notre propre monde.
Initialement prévu pour novembre 2002, God's Son ne vît le jour qu'un mois plus tard. Un retard du à la volonté de Jay-Z de sortir au même moment son The Blueprint², afin de ne laisser que le public juger de l'issue de la controverse entre les deux artistes. Malgré la stratégie d'évitement mise en place par Nas, God's Son se vendra à un million d'exemplaires. Mais l'essentiel pour Nas n'est plus là, en réussissant l'exploit de sortir un deuxième chef d'œuvre en l'espace d'un an après Stillmatic, il montre bien que malgré les années il est toujours au top niveau, sans pour autant tomber dans la facilité du rap grand public qui envahi les années 2000. Et ceci va bien au-delà d'un beef pour une pseudo place au trône de New York…
- Revu par Raging Bull -






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