La majorité du r&b qu'on écoute à la radio n'a plus aucune saveur. Pas qu'on joue les rabats-joie nostalgiques qui appréciaient le son groove des années 90, mais parce que maintenant on ne sait même plus si on a affaire à de la variété, de la pop ‘'chewing-gum' ou à du rhythm'n blues édulcoré ultra-formaté, pire, cul-cul-la-praline. Les majors et les stations FM, c'est bras dessus, bras dessous. Ras-le-bol, alors on jette un pavé dans la soupe. Ce r&b qu'on a toujours chéri est-il définitivement mort ? Pas encore, il subsiste heureusement par l'intermédiaire de petits labels indépendants, et des artistes talentueux qui cultivent cette musique imprégnée de soul et de rythmes urbains.
Prenons l'exemple de Darien Brockington, promu au sein de la Justus League. Après quelques apparitions remarquées aux côtés de Pete Rock, sur le projet Foreign Exchange et sur les albums des Little Brother, le chanteur a suscité pas mal d'intérêt pour ceux qui suivaient ce début de carrière prometteur. Jusqu'à ce que l'ébauche de Somebody to Love (ABB Records/Nocturne) viennent de poser chez les disquaires. Et si ses prestations en tant qu'invités étaient déjà convaincantes, inutile de vous dire que ce disque l'est tout autant. Supervisé par Phonte (des LB), Darien peut enfin s'exprimer de la façon qu'il lui plaît, en proposant un r&b moderne, dans le sens où il est en phase avec son temps. Ce qui expliquerait certaines influences musicales venant du hip hop ou de la r&b/soul et funk contemporaine, empruntant les mêmes samples que Big L (« I Got What You Want »), Usher (« I Miss You »), Amp Fiddler (« I Need You »)… Sans forcément avoir de vocalises puissantes, il puise sa force dans sa simplicité et son humilité, livrant quelques ballades douces et sympathiques (« Can We Fall In Love Again ») qui pourraient faire de bonnes préliminaires (« Come On Over »).
Donc, avec Somebody to Love, Darien Brockington prouve deux choses. La première, c'est qu'il n'est pas que le chanteur de service qui joue les faire valoir pour les artistes de la Justus League, en démontrant qu'il est capable de tenir la route et l'attention le long d'un album. La seconde, c'est que le ‘vrai' r&b est bel et bien vivant. Le seul reproche que l'on pourrait avoir, c'est cet aspect un peu réservé du chanteur, nous montrant un potentiel maîtrisé mais pas pleinement exploité. Prometteur, on vous disait, à confirmer si possible avec un second album !






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