Certaines occasions ne se manquent pas, comme celle de vous parlez de la sortie d'un nouveau projet du Warlord, alias Bounty Killer. Véritable pilier de la musique jamaïquaine des années 90 à nos jours, le toasteur nous propose avec Nah No Mercy (son gimmick historique pour lancer ses tunes) de revivre quelques uns des grands moments de sa discographie pléthorique. En une quarantaine de titres (répartis sur deux disques), le Chasseur de Primes le plus célèbre du ragga, craint par beaucoup pour son agressivité lyricale (et pas seulement, murmure-t-on), retrace pour nous son parcours anthologique à grands coups de riddims bogle furieux, de toast rentre-dedans et, accessoirement, de collaborations de prestige.
Certains connaissent Bounty pour ses affinités avec le monde du Hip Hop. N'allez pourtant pas lorgnez du côté de la tracklist pour retrouver par exemple la combinaison terrifiante de Mobb Deep et du Warlord (« Deadly Zone » se trouve sur son album Next Millenium), ni même les dernières ogives dancehall de BK. Tout, sur ce double best of, couvre la période la plus hardcore de l'artiste, de ses années de gloire chez Greensleeves, aux prémices de son aventure chez VP Records. Les fans du genre se délecteront donc de réentendre les collaborations fructueuses et mythiques de Bounty Killer et de son ancien mentor Lloyd « King Jammy's » James (souvent assisté ou suppléé dans la production par ses fils). Au premier rang des tubes du Warlord qui résonnent toujours comme des pièces maîtresses de sa discographie, notons le terrible « Cellular Phone », véritable anthem de l'époque, ou encore l'inquiétant « War » (le genre de morceau sur lequel Bounty a basé toute sa réputation, à base de lyrics de boucher et d'ambiance sanguinolente). Toujours dans cette veine sans concession, les coups de pression « New Gun », « Dead This Time », « Down In The ghetto », « Gun Thirsty », « Warlord », « If a War » ou encore « Coppershot » devraient rappeler aux amateurs une époque où le ragga faisait couler l'encre et le sang sur des rythmiques bogle dévastatrices. Souvent dans la démonstration de force et dans le déballage d'artillerie lourde (sa voix d'éléphant s'y prêtant bien), Bounty Killer excelle dans une forme d'egotrip offensif parfaitement maîtrisée (n'est pas Warlord qui veut). Ainsi, de l'ostentatoire « Benz and Bimma » au véhément « No Interview », la nostalgie des batailles microphoniques do ‘Lord vous gagnera sans doute. Plus proche de nous dans le temps, signalons la présence bien sentie de quelques tubes de son double album studio sorti chez VP en 2002, Ghetto Dictionary : Mystery / Art Of War. En tête de liste, bien sur, la bombe « Sufferer » (en duo avec le chanteur Wayne Marshall), ou l'une des versions les plus imposantes et efficaces du déjà légendaire « Diwali » riddim. Quelques collaborations rappellent que Bounty Killer, personnage emblématique de la vague ragga (et désormais dancehall) qui a secoué la Jamaïque depuis les 90's, suscite tant la fuite (demandez à Beenie Man, entre pas mal d'autres) que l'admiration. On prend ainsi plaisir à (ré)écouter les apparitions du sourdoué Ninja Man, de l'idole Barrington Levy ou du protégé de Bounty, Angel Doolas, aux côtés du Warlord.
Véritable monstre sacré de la musique chère à Kingston, terreur des sound systems de la fin du siècle dernier, celui qui a emmené dans ses pas des sensations incontournables de nos jours (Elephant Man, et ses débuts au sein du Scare Dem Crew), et qui prévoirait un nouvel opus studio très bientôt, nous offre en cette toute fin d'année l'opportunité de nous replonger dans sa carrière d'exception. Puisant dans les affres de la vie de ghetto (drogue, armes, violences en tous genres, mais aussi foi malgré tout), le Warlord retranscrit mieux que quiconque la dure réalité de la rue à Kingston. Salué comme l'un des plus fiers représentants des siens, mais aussi souvent stigmatisé pour les brûlots de haine sous-tendus dans ses propos, Bounty Killer marque avec cette rétrospective sa large empreinte dans l'univers de la musique yardie. Un vrai aperçu d'un ragga non aseptisé, comme on en fait de moins en moins (j'ai failli dire « comme on n'en fait plus »…).
PS : à noter que Bounty Killer a déjà sorti un best of intitulé Poor People's Governor il y a quelques années, qui recouvrait une période plus courte de sa carrière (pré-VP en particulier).






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