Lorsque le public a été surpris par le succès multi-platine de Love, Angel, Music, Baby, tout le monde croyait que la chanteuse du groupe No Doubt avait fait le pas avec ce premier album "crossover", en déviant sa trajectoire artistique vers de la pop/r&b. Vu la flopée de producteurs rap/r&b (Andre 3000 et son alter-ego Johnny Vulture, Dallas Austin, Dr Dre, The Neptunes...) et les hits à la pelle (dont "Hollaback Girl" et "Rich Girl" feat Eve), il y avait de quoi s'y méprendre, et penser que belle peroxydée suivait les traces de ses collègues Justin Timberlake et Christina Aguilera. Tralalaitou, tout faux, The Sweet Escape (Interscope/Polydor) amorce un retour en sens inverse !
C'est avec un nouveau single produit par les Neptunes (le « Wind It Up » façon pompom-girl suisse) que Gwen Stefani fait trembler sa luette, avant d'entamer une marche arrière sans regarder dans le rétroviseur, en passant par un featuring furtif de l'inévitable Akon (sur « The Sweet Escape ») , un instru festif de Swizz Beatz (« Now That You Got It » qui fait bouche-trou) et quelques influences sudistes prononcées (les up-tempos « Orange County Girl » et « Breakin' Up » limite crunk). Dans toute cette transparence stylistique complétée par des titres pop ‘malabar' et électro dance (Madonna, sors du corps de Gwen !) , l'ami Pharrell Williams vient poser son couplet de rap réglementaire sur le minimaliste « Yummy », dont il faut attendre la fin de la chanson pour jouir de l'outro expérimentale sur fond de bruits mécaniques. Comme quoi, la recherche peut quelquefois déboucher sur des essais intéressants. « U Started It » est quant à lui typiquement un standard neptunien, que ce soit au niveau de l'interprétation et des mélodies, instruments joués.
Que dire, c'est la déroute complète, une sorte de tentative de ‘crossover' inversé. La seule artiste qui a réussi une remarquable transition du r&b au rock, c'est la chanteuse Pink. Et là par contre, Gwen Stefani se plante lamentablement en voulant faire demi-tour, à moins de voir cet album sophomore comme un prototype non-finalisé. Même les fans des No Doubt (qu'on finit par regretter sérieusement) risqueront de ne pas s'y reconnaître, car il n'y a aucun son pop/rock pour eux. Et pour nous, que quelques ersatz de sons r&b radio, et encore, ce ne sont pas les Neptunes (ni Swizz Beatz) qui vont la sauver cette débâcle. Que s'est-il passé de l'alchimie qui s'est opérée pour les « Hella Good » et « Hollaback Girl » par exemple ? The Sweet Escape déçoit terriblement, vu que tout le monde s'attendait à une grosse suite de Love, Angel, Music, Baby.






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