On pensait bien que la collaboration entre Sizzla, l'un des Rois incontestés du reggae/ragga depuis plus d'une décennie, et l'ancien co-dirigeant de Roc-A-Fella, Damon Dash, allait se finir en Arlésienne. En effet, après l'annonce de la signature du premier sur le label somnolant du second, les nouvelles d'un opus de Kalonji sur Dame Dash Music Group n'avaient pas duré plus d'un hiver. C'est donc sans trop de surprise que le retour de Sizzla sur le label de King Jammy, Greensleeves, a été accueilli pour son excellent Waterhouse Redemption. L'étonnement fut de mise, cependant, lorsqu'on apprit que sortirait bel et bien un opus retraçant le court passage de Sizzla chez l'ancien associé de Jigga. The Overstanding.
Officiel ou non, chargé d'inédits ou compilant des titres posés par ci, par là, un album estampillé Kalonji a toujours de quoi susciter une forte attention de la part d'un public reggae/ragga tout acquis à la cause de l'un des chanteurs/toasteurs les plus célèbres de Jamaïque. The Overstanding, quoi que sorti dans le dos de bon nombre de supports promotionnels (comme si Dame Dash avait trop de projets à gérer…), ne déroge pas à la règle et confirme la portée toujours plus grande de la carrière d'un Sizzla retrouvé. Dans une veine reggae très prononcée, Kalonji a vraisemblablement tiré un trait sur ses diatribes haineuses pour se concentrer sur des propos apaisés qui donnent de la grandeur au personnage. Sur « Black woman and child », le chanteur rend hommage aux siens, à leur courage et à leur joie de vivre (« For you, I got so much love »), alors que sur « Beautiful Day » il célèbre l'Amour et la bienveillance de chacun envers son prochain. Toujours concerné par le sort réservé aux peuples les plus démunis (pour lesquels il est plus que jamais un porte parole incontournable), Sizzla se montre inquiet et impuissant face à l'exclusion sur le superbe « Cost of living » (« Do what you do, ‘cause we got to survive […] The greatest thing is to be strong inside »). L'habituelle ode des artistes jamaïquains à l'élévation spirituelle est également de mise avec le très bon « Smoke Marijuana » (« I smoke my problems away »). Et puis, comme il a désormais (re)pris la bonne décision de le faire, Sizzla chante l'Amour pour les siens à plusieurs reprises, renouant avec ses racines et celles de sa musique. Le ton est chaleureux (avec toujours un pointe de nostalgie dans la voix haut perchée de Sizzla) sur « I love you baby », le salutaire "Thank you for loving me", ou sur la version revue du sublime « Thank you mama » (présent dans sa version originale sur son classique Da real thing, au même titre que l'imparable « Solid as a rock » et « Just one of those days »). Seule ombre à ce tableau qui frise l'excellence, avec l'inaudible « Give me try », sur lequel Kalonji sacrifie sa prestation au profit d'une voix aiguë insoutenable.
On aurait pu craindre que cette sortie DDMG ne soit qu'une pâle copie d'un Sizzla aigri par un label qui n'a pas réellement cru en lui. Pourtant, cette collection de morceaux tirés d'une collaboration révolue (presque sitôt commencée) demeure d'une qualité digne de son auteur, et témoigne d'un retour en grâce du Sizzla que la Jamaïque a quasiment porté au rang de prophète tant le bonhomme raconte mieux que quiconque la vie du ghetto, mais aussi les liens forts qui unissent sa communauté, tout comme les passions puissantes qui la divisent, ou la détruisent. D'un ton prophétique, le chanteur à la voix de martyr se rapproche à chaque sortie d'une place au panthéon des musiciens de son pays, et ça n'est pas cet opus brillant qui changera la donne. Comme souvent avec Sizzla Kalonji, il vous est vivement recommandé de ne pas passer à côté de The Overstanding.






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