Il y a sans doute peu de rappeurs qui puissent avoir autant de choses à raconter que Saafir, le MC de Oakland. Ami proche de Tupac, survivant d'un accident d'avion, auteur d'une discographie de qualité (dont l'excellent Boxcar Sessions) ou encore homme de Foi converti à l'Islam (on y reviendra plus tard) et membre initial des Golden State Warriorz avec Xzibit et Ras Kass, Saafir semble avoir vécu mille vies. Il n'est pourtant pas si loin le temps où cet artiste débutait pour inscrire en lettres de noblesse son nom parmi les plus prisés de la Bay Area. Le revoilà même avec un tout nouvel opus, Good Game : The Transition, qui nous rappelle au bon souvenir de ce bonhomme talentueux et insuffisamment reconnu.
Dès les premières notes de l'album, le ton est donné. Avec « Crispy », Saafir envoie un banger catchy, bien suivi par un « Cash Me Out » tout droit destiné à votre auto-radio. Un début en trombe sous les airs incomparables de la Bay. Toujours dans le sens de la marche, « One of the hardest » rappelle le parcours de Saafir, véritable « trompe-la-mort », sur un beat plus posé. C'est d'ailleurs dans cette veine plutôt smooth/jazzy/funky que se situe l'album, sous l'effet du producteur californien discret qu'est Josef “JL” Leimberg. Ne vous laissez donc pas tromper par les deux premières tracks qui annoncent des beats bondissants, l'ensemble étant nettement plus calme. Calme, voir trop, lorsque les instrus manquent de rythme et de personnalité, comme sur « Take ya time », « The technology », ou encore « Hey baby ». C'est en effet le plus gros défaut de Good Game : The Transition que de perdre le fil au cours de quelques passages à vide dommageables (et qui sont parfois précédés ou suivis d'interviews de Saafir qui ne participent pas à redonner du punch à la tracklist, malgré l'intérêt certain des propos du bonhomme). Malgré une poigne un peu molle, cette nouvelle livraison du rappeur de la Bay comporte son lot de titres franchement convaincants, à l'instar du profond et saisissant « Daddy's I.G. » (l'un des moments phares de l'album), de l'excellent « Devotion », bien enchaîné par un bon « Brand New ». Le point culminant de l'opus survient en queue de peloton avec « Jihad », un morceau conquérant au cours duquel Saafir s'épanche sur sa découverte de l'Islam, religion l'ayant amené à mener un combat contre lui-même et ses doutes, pour mieux réussir à se reconstruire dans la Foi.
Ponctué de tracks solides, Good Game : The Transition est marqué par le plaisir évident de retrouver Saafir, rappeur de talent à la voix imposante, plus que par une réussite complète sur le plan artistique. En effet, si Saaf' n'a pas perdu grand chose de sa plume et de son flow, les beats fournis pour cet opus manquent souvent de punch et/ou de profondeur, ne venant que rarement élever le niveau pour accompagner le rappeur. Dommage, donc, que les productions n'aient pas bénéficiées d'un soin supérieur, qui aurait apporté un réel plus à un album demeurant correct, sans atteindre les attentes placées en lui.






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