Avec un opus comme How The West Was One au palmarès, les Cali Agents ne sont pas à prendre à la légère. Mieux, connaissant les talents conjugués de Rasco et de son double Planet Asia, le retour du duo avait de quoi susciter l'impatience, et l'espoir d'un disque à la fois flamboyant et solide, comme semblait vouloir l'indiquer le nom de code de l'opération, Fire & Ice. Dans la lignée des dernières aventures solos de Planet Asia (cf. la chronique de The Medicine), le repas ne s'avère pourtant pas à la hauteur de la carte, et les appétits les plus féroces pourraient se trouver insatisfaits au moment de l'addition.
Rasco et Planet Asia, ou deux des plus fines plumes et des flows les plus aiguisés de la Bay Area, sans aucun doute. Adroits dans leurs textes, brillants esthètes de la rime et valeureux défenseurs du flow, les Cali Agents devraient faire partie de ses groupes courus par les beatmakers. La réalité et la théorie ne parvenant pas toujours à se conformer à leurs exigences mutuelles, il n'en est rien. Plus grave encore, le dernier opus de Planet Asia, produit de bout en bout par Evidence, avait laissé apparaître de bien faibles ressources dans le registre des beats. Ici, le constat est sensiblement identique avec l'omniprésence d'un Soul Professa redondant qui assure douze livraisons sonores sur quinze. Grosse source de cohérence et d'homogénéité de l'ensemble dans certaines circonstances, la main mise du Professa sur Fire & Ice s'avère vite préjudiciable tant les titres s'enchaînent sans se différencier vraiment. Pire encore, certaines productions pèchent par excès de zèle, misant sur une boucle répétitive et sur des rythmes peu académiques récurrents. Faisant le pari de l'unité, les Cali Agents se privent ainsi d'une source de force pour ce nouvel opus, le beat allant même jusqu'à devenir irritant sur un « Get that Money » qui achève de mettre en évidence le manque de variation dans les rythmiques, et dans les samples parfois bruyants. Soul Professa ne rend pourtant pas une copie blanche, puisque certains autres titres, vraisemblablement plus inspirés, font leur effet. Ainsi, « Fire & Ice » ouvre l'opus avec efficacité, alors que « Something new » relance l'opus après un passage à vide plutôt cruel. Mieux, Soul Professa semble trouver ses marques sur les derniers morceaux avec un très bon « Microphone Madness », sur lequel l'instru vient enfin élancer les terribles prestations de Planet Asia et de Rasco, toujours affûtés pour officier avec brio. Dommage, enfin, que le bon titre « Duck Down » ne vienne qu'en bonus track. Un peu tard. Reste que les trois beatmakers bénéficiant des miettes font honneur à leurs hôtes. En effet, Dialekt livre le très posé « Breakadawn » (un vrai bol d'air qui vient briser la redondance de la première partie de l'opus), tandis que Protest s'en sort avec les honneurs sur « Hot Ass Summer » (Briskone n'étant pas en reste avec « What it is »).
Hésitant et peinant à prendre son envol, cet opus de Cali Agents n'approche le niveau auquel on était en droit de l'attendre qu'à de trop rares moments (« Fire & Ice », ou encore « Microphone Madness »), s'enlisant régulièrement dans les choix d'instrus douteux. Non pas que Soul Professa soit fondamentalement mauvais (comme il le prouve haut la main sur « The Science » ou « Something new »), mais ses travaux restent trop peu variés pour soutenir un effort longue durée de deux rappeurs aussi furieux que les virtuoses Planet Asia et Rasco. C'est donc encore une fois tout le paradoxe de cet opus, que de faire passer les prestations de deux excellents rappeurs au rang de toile de fond desservie par des beats mal calibrés. Un album à apprécier par petites touches, malgré un sentiment global mitigé.






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