L'affirmation peut paraître des plus banales mais c'est un fait : les a-prioris ont le plus souvent la peau dure. Prenons un exemple : pour un internaute lambda, friand de surf à tendance musicale, l'activité de chroniqueur d'albums a tout de la panacée : un passe-temps des plus agréables, envié de tous, une bonne planque pour qui voudrait écouter sans cesse des nouveautés et, plaisir suprême, se permettre de donner un avis dessus sans la moindre difficulté.
Eh bien que ces derniers se détrompent. Etre chroniqueur ne se limite pas à tous ces alléchants aspects et autres motifs d'envie exacerbée. Le rédacteur, aussi privilégié qu'il puisse paraître, se trouve confronté plus souvent qu'à l'accoutumée à toutes sortes de situations inextricables. Et je suis, en la présente, confronté à une de celles-ci, et des plus coriaces : l'impossibilité de classifier un opus. Comme à l'accoutumée, en recevant mon petit lot de nouveautés à décortiquer, je tombe sur une belle pochette jaune et bleue. Première surprise : sur cette dernière sont représentés aussi bien une platine et une MPC qu'une batterie et un clavier. Dès lors, je m'attends à découvrir l'un de ces albums de Hip Hop soulfull dont je suis particulièrement friand. Eh bien encore une fois, les a-priori peuvent s'avérer trompeurs.
A peine la galette insérée dans mon mange-disques, je perds toutes certitudes. Moi qui n'ai habituellement que peu de mal à distinguer un genre d'un autre, ou du moins dégager une dominante parmi plusieurs sonorités entremêlées, j'avoue avoir séché comme jamais à l'écoute de ce disque. La composition du groupe prête de suite à confusion : un saxophoniste, Luois Baudouin, associé à un producteur électro, Jean François Blanco. L'album, quant à lui, s'ouvre sur « Pleasure Center », composition à la touche electro appuyée et aux scratches bien sentis. Je retrouve plus tard un style purement Hip Hop sur « The Impossible Glow », rappé par un jeune MC nommé Bruce, a.k.a. Jester. Encore plus loin, ma consternation vient grandissante à l'écoute du réussi « Rosanna », aux accents World et parcouru par des percussions entêtantes.
Me résolvant à admettre que ce ne seraient pas les sonorités trouvées ci et là qui m'aideraient à classer le disque dans telle ou telle section du site, je décidais alors de me rabattre sur la contrée d'origine. C'est à ce moment-là que je me suis rendu compte que les deux compères de Refractory avaient décidé de littéralement pourrir mon après midi. En effet, allez affirmer la région à attribuer à un opus produit par deux français, rappé en anglais – toujours par le britannique Jester sur l'entraînant « Tequila monster » - , chanté en espagnol – sur la plutôt savoureuse reprise du fameux « Porque te vas » de Jeanette interprétée par une chanteuse coréenne, Youn Sun Nah – ou encore ayant comme invités les musiciens de l'orchestre national de Budapest – sur le lyrique « periodicals of evil » - et j'en passe ….
Finalement, n'ayant pas la capacité de créer une section spéciale où ranger cette chronique ( section que j'aurais sûrement nommée electro-ambiant-latino-hiphop-world FR + US + EU ), je décidai de ranger cette dernière au sein de la partie R'n'b / Soul du site. Néanmoins, l'écoute de cet album plutôt réussi, quoi que manquant quelques peu de relief par instants, me permis d'acquérir une franche certitude : les idées reçues ne valent plus grand chose dans le domaine de la musique. Partant de ce constat, j'ai pris la résolution de ne plus jamais enrager contre le vendeur de la Fnac du coin en le traitant de feignasse sans nom, parce que pour arriver à classer ce genre d'album, il faut avoir une patience et une volonté à toute épreuve.






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