Né dans la paroisse de Mandeville en Jamaïque, c'est dans la ville bouillante de Kingston que Degree (Burt Cardiff pour l'état civil) est allé tenter sa chance à la fin des années 80 pour finalement rencontrer le succès dès 1992 avec le tube « Granny », sur lequel il mettait en scène une conversation entre sa grand-mère et lui. Fort de cette reconnaissance, le Deejay s'engage pour la réalisation de quatre albums avec le prestigieux label VP Records. Il y sortira en 1998 son disque le plus abouti, Bush Baby (sur lequel figure le tube « Trafic Blocking »), avant de trouver un deal chez Penthouse puis chez Greensleeves (pour l'excellent Yeah Man de 2001). Après un disque presque confidentiel en 2004, revoilà notre homme avec Generally Speaking (Kingstone Records), un opus inattendu mais finalement à la hauteur du parcours de l'artiste.
Porté par de gros tubes comme le General les affectionne particulièrement, la cuvée 2007 de Degree ne manque pas de panache ni de références à la discographie généreuse de cette figure marquante des années 90. Dans une veine ragga/dancehall plus fidèle aux sonorités bogle et organiques de la dernière décennie qu'aux riddims digitaux du moment, certains morceaux semblent tout droit surgis des meilleures années de Degree et nous rappellent au bon souvenir de ce DJ aux lyrics souvent drôles, à la voix épaisse et grave toujours efficace dans le toast comme dans les refrains chantés. Typiquement dans le style bondissant du General, le single « D'Music » terrassera plus d'un sound system et devrait démanger les danseurs les plus récalcitrants du lot. Le très gros tube « Fire Tonight », sur lequel officie également Richie Stephens, devrait lui aussi se répandre comme une traînée de poudre et conquérir les foules. Le début de la tracklist est placé sous le signe de l'épidémie des plus contagieuses avec le terrible « Deh Yah », le hit en puissance « Soldier Girl », « Bumpa 2 Bumpa », ou encore le solide « No Matter » (sur le déjà mythique Military Riddim). La suite de l'opus pioche plus allègrement dans des ambiances plus reggae que ragga (comme sur un superbe « Nah Flex Right » avec le patron Beres Hammond), avec toujours la même ferveur fédératrice, assortie de quelques refrains qui font toujours mouche. Les adeptes du DJ devraient achever de retomber sous le charme avec le tonitruant « Hot Wata », qui démonte à peu près tout sur son passage.
Affûté comme à ses meilleurs moments (ou presque), General Degree réussit un tour de maître en livrant un opus solide placé sous le signe des années 90. Etablissant le pont entre les belles heures du ragga bogle et l'avènement du dancehall d'aujourd'hui, Degree ne faiblit pas et affirme son statut de vétéran inspiré de la discipline. Aux rayons des quelques reproches susceptibles de se glisser dans un coin de notre esprit, signalons que le DJ ne mise pas toujours sur les meilleurs riddims (ce qui participe toutefois au charme rétro de l'album), et que l'utilisation de quelques grosses livraisons des producteurs phares de Kingston aurait pu lui assurer un succès d'autant plus retentissant. Pas de quoi bouder notre plaisir, en tous cas, en constatant la très bonne forme de Degree et sa passion toujours dévorante pour les tubes dansants purement caribéens.






Les dernières chroniques


