L'asphalte crie, l'asphalte criera encore et toujours. Si il y a bien un moyen artistique qui permet d'entendre et de comprendre la tension des cités et du bitume, c'est bien le Rap.
Le Rap français par sa diversité nous le fait comprendre disque après disque, mais parfois voire même souvent il se répète. Heureusement certain groupes décident de changer la forme de ce discours brûlant, La Caution ; (les deux frères Hi Tekk et Nikkfurie) en fait partie et va nous démontrer dans ce disque qu'une "Asphalte Hurlante" peut être artiste.
Mais au lieu de porter plainte contre l'état, Nikkfurie y préfère une Main Courante. Un slam avant l'heure, discours virulent mais superbe rempli de punchlines, en faveur de cette jeunesse perdue. Car comme beaucoup ils sont à 20000 Lieues sous la merde, même leur label Kerozen est pris de spasmes sous le joug de la société, c'est dire. Là, personne n'aura réellement compris pourquoi La Caution proclame ce genre de discours "Sens-tu la panique, malgré mon handicap racial, je m'adapte en dealant de la sape, pas de la sav'" . Et bien pensant à tout ils vont donc vous Plante® le Décor avec leurs camarades Saphir et 16S64, les cautionneurs en herbe. "J'plante le décor ! On vient de la Seine-Saint-Denis, Là où il règne plein de mythes, Où dans une chambre, il y a plein de lits, Qui conditionnent notre train de vie." Nikkfurie nous explique son mode de vie sous pression : "Aucune pudeur, ni d'heure, m'endort. J'endure rudeurs, cutter dans le coeur !".
Voilà pourquoi La Caution rappe, et 16S64 le raconte avec justesse : "J'suis seul sans etc... Ma seule thérapie : pé-ra pour vexer, terrasser tes rappeurs ! "
Bien sûr tout le monde ne voit pas cette vie de la même façon, un keuf vient faire sa plainte pleine de haine pour nous rappeller que la police n'est malheureusement pas toujours là pour les aider.
Quelque soit la situation à Metropolis "dans les stations d'essence. Style propre en prose, pilote sans pause, en civil, vigiles portant le colt, un paquet de 10 clopes en poche, sous les néons clignotants, j'cause..." / "Le flic : un dos d'âne anodin, doté du don d'abattre au teint" la police peut se permettre une bavure même si heureusement elle est par moments juste. Souvent dans les quartiers les mêmes fait se repetent, bon ou mauvais on en parlera souvent après.
Heureusement parfois si on a une caisse on peut se permettre une virée en boîte, encore faut-il que cela ne finisse pas en Aquaplanning : "J'avais pas le sourire, donc j'ai été le commander au bar, je cherche un rictus dans ce 1er verre de 'sky." Comme on a pas le joie de vivre on s'permet quelques gouttes d'alcool et comme souvent cela finit mal :"Mon coup d'embrayage redonne de l'élan, le silence installe la panique, je lâche le volant et pile à fond en aquaplanning...".
Culminant encore une fois sont les malheurs, malgré leur talent La Caution en subit les frais. Mais qui a dit qu'une petite touche d'électricite ne donnerait pas un monde plus lumineux ? Toujours electriques, l'hyme électronique des cités de Noisy-le-Sec "Si la violence te désaltère : Cache la au plus profond de tes intestins ou passe 30 minutes dans une cave avec un pit.", nous laissons de côté la violence et passons un bon moment sur une track bien electro.
Afin de mieux nous resservir cette Asphalte Hurlante ! "La lumière des néons s'incrustent dans mes rétines, elle est svelte et crasseuse. Stationnent les CRS dans un bus de cancres hermétiques, je respire cette atmosphère de haine épaisse et moelleuse : elle me civilise ! ".
Oui la répétition se sent doucement, mais encore une fois cette rage, et ce désespoir en musique est tellement travaillée que l'on ne peut que réécouter avec attention ce discours pour l'instant un peu pessimiste.
Pessimmiste mais rêveur, qui ne désire pas partir sur une île avec Taïro dans les oreilles pour changer d'air ? Car ce monde sale "j'en ai plein le boul' de vivre en osmose avec blates et cafards, ces sales bêtes se nourrissent de ma bouffe, squattent mon appart', s'installent, stables, et s'attablent près d'un monticule de pizza de la veille, putain, Nikk', mate leurs mandibules !" devrait si l'on pouvait le faire être changé. Ce petit air chanté nous remplit donc d'un meilleur oxygène, parmi cette crasse.
Car encore une fois rien ne change pour l'instant "Janvier, il caille à Paname, on ne fait qu'envier Février, il neige mais on rêve de station balnéaire Mars, le quart-temps d'un an, dans le hall, on a le mal des nerfs. [...] Et avec le temps, les années réduisent l'innocence en cendres. De janvier à décembre : les mêmes grisonnant ensembles.". Sur une instrumentale encore une fois assez electro, les deux frères écrivent leur almanach, digne d'un bulletin météo.
Mais certes on parle de la conditon en France et plus particulièrement à Noisy-le-Sec dans le 93, mais pourquoi cela ne serait pas de même en Belgique. Starflam et La Caution de soixante-dix à septante nous explique qu'il y a "Beaucoup de bagarreurs peu de combattants.Beaucoup de frères se leurrent, réfléchissent en comptant". Et comme l'état (à cette époque surtout), prenait ce problème à la légère, on ne peut que s'énerver et lever son doigt entre l'index et l'annulaire. Pourquoi pas le faire avec Profécy et Les Cautionneurs ? "Le pluralisme du buraliste nous parasite nos plus-values, puis surestime le plus salubre qui mis à nu ne brille plus." Tout est dit "ne cherche pas La Caution à l'index dans l'annuaire" car ils viennent "des H.L.M cages ". On y redécouvre un pur saphir brillant, une prophétie du graffiti et du Rap, un cylindré 16s surpuissant, et bien sûr le petit frère de La Caution : Izno déjà futur vizir.
"UN : la casquette pleine de matière grise. DEUX : les baskets pleines de galères tristes. TROIS : j'reflète l'aspect du salaire S.M.I.C .ENFIN : j'suis coupable d'être c'qu'ils croient qu'je suis !" Instru mi-punk/mi-electro, les casquettes grises représentent l'état d'âme des jeunes cachés sous leur casquettes. Mais c'est aussi une raison pour se bouger en commencant par danser.
Une Retrospective(s) des deux frères nous permet de mieux situer leur ensemble, avant qu'ils nous expliquent comment ils nous voient sur une instru des plus dérangeant et electriques.
Mais que serait un album sans une belle outro ? Reprenant celle de la version originelle de l'album, on retrouve les deux potes voulant péta l'album en magasin, une réalité, suivie d'une magnifique instrumentale au violon qui raconte sans aucuns mots l'esprit et la situation actuelle des cités.
La version originale d'Aquaplanning (avec une meilleure instru à mon gout) permet de finir l'album sur une demie-teinte, joyeux mais sceptique.
Après écoute, vous êtes vraiment subjugués, mais comment ont-ils fait pour avoir un talent lyrical si surprenant ? Comment font-ils pour avoir des instrus si originales et superbes ?
Une réponse les deux frères on payé La Caution, la caution pour pouvoir sortir du ghetto et réussir sa vie. Plus qu'un bijou musical, nous avons ici un symbole de réussite, prouvant une fois de plus à certains étroits d'esprits la fausseté de leurs "opinions".
Un coup d'éclat finalement optimiste, qui se concrétisera 3 ans plus tard avec Peines de Maures / Arc-en-ciel pour Daltoniens.






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