Il y a une expression qui dit que les cordonniers sont les plus mal chaussés, c'est un peu pareil dans le rap. Combien de MCs hypertalentueux ne voient jamais le succès commercial escompté ? Dans ce panier, on retrouve le marseillais Faf Larage : son premier solo fut un échec relatif et sa collaboration avec son frère Shurik'n, avec qui il formait le duo chevaleresque La Garde, fut trop conceptuel pour ne pas dire anecdotique. Il rebondit en l'an 2000 au sein du collectif éphémère One Shot, pour les besoins de la bande originale du film Taxi 2, puis rebelote en 2003 avec Eben en portant un déguisement de flic véreux ultrastéréotypé pour Gomez & Tavares. Les ventes décollent, mais Faf Larage demeure encore méconnu en tant que tel. Puisqu'il est abonné au forfait bandes-son, M6 Interaction lui offre sa chance d'éclater au grand jour en 2006, en lui demandant ses services pour le générique français de la série Prison Break. Bingo, le single « J'ai pas le temps » se classe au sommet des hit-parades !
Premier tube à 34 ans, comme il le précise sur « La Soul dans le Sang » (le premier titre de Rap Stories), et une envie de tout faire péter comme un nouveau venu dans le rap. Et pourtant cela fait depuis 1993 que Faf est dans le circuit…et c'est toujours le même qui a la rage que l'on retrouve sur ce second solo. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'a pas non plus perdu sa fibre humoriste, en témoigne le deuxième extrait « Ta Meuf (La Caille) », puis « Le Brancheur », le retour du dragueur d'une « Putain de soirée de Merde », plus macho que jamais. Son don pour la narration est intact, il suffira d'écouter les deux « Rap Stories » (aux instrus typé cainri), sur lesquels il retrace l'évolution du Hip Hop depuis sa naissance, et plus sérieusement « Prise d'Otages », le meilleur morceau de Rap Stories. La tournure ‘commerciale' ne va pas sans risques, quitte à décevoir ses fans de la première heure, susceptibles d'être déconcertés par certaines orientations artistiques comme ce besoin de chantonner sur le refrain de « Millionnaire » par exemple.
Dans ce cas de figure, « Qui on est ? (Le Marketing du Diable) » se retrouve être un beau paradoxe vu l'objectif de l'album, mais qui affiche en vérité la lucidité de Faf Larage face aux mécanismes de la communication et l'actualité. Le rappeur n'a heureusement pas bradé son talent, il l'a simplement rendu plus accessible. Quatorze titres, autant d'histoires rappées qui embrassent un public néophyte de 7 à 77 ans. Rap Stories aura-t-il enfin le succès commercial tant recherché?






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