Un 10ème album, un palmarès qui a de quoi laisser de marbre n'importe quel artiste, une voix hors du commun, des millions d'albums écoulés dans le monde entier (en grande partie aux Etats-Unis), … Brian est donc un personnage qui mérite le respect et, soyons fous, une certaine dévotion, tellement il a marqué de son empreinte le RnB qui est actuellement sur la pente descendante qualitativement parlant. Gemini fut sa dernière réalisation sous le giron du puissant label Motown qu'il a « squatté » pendant des années. Son envie de changement et de diversité le pousse à quitter le légendaire quartier général de la Soul pour Warner, où il signe alors cette dixième œuvre. Quand on aborde Brian Mcknight, c'est la thématique de l'amour qui vient immédiatement à l'esprit, des ballades enivrantes et une sensualité extraordinaire sont les pierres angulaires de sa carrière. Ce personnage risque, aux yeux de beaucoup de mélomanes, de devenir l'un des nombreux archétypes du romantisme. Ce dixième album sonne pour l'artiste comme une épreuve dans sa vie personnelle car il a du faire face à un divorce récemment…
L'amour, le vrai, l'indéfinissable sera une nouvelle fois traité dès le premier titre sur le convaincant « Used To Be My Girl » forme de reprise de ce que réalise un certain Bobby Valentino dans l'architecture de la chanson. Il y a pas de quoi être étonné puisque c'est Tim&Bob qui se charge de la production. « Comfortable » est tout aussi formidable avec sa rythmique poussiéreuse et son refrain entraînant. Brian n'a pas son pareil pour créer une ambiance smooth dans l'appart, serrer sa compagne très fort sur soi et se laisser bercer par les mélodies sucrées du chanteur. Cette impression est confirmée par un « What's My Name » et son piano hypnotique. Une nouvelle fois la production s'avère de haute tenue et pour peu que l'on s'intéresse à l'entièreté de sa discographie, on se rend compte assez facilement que « Ten » est un hommage rendu sur tout ce qu'a pu réalisé l'artiste, sur tout ce qu'il a accumulé comme expérience tout au long de son parcours prestigieux. Pour rester dans les morceaux plus rythmés, citons le superbe « Shoulda Been Lovin' You » qui représente (malheureusement) l'un des rares instants de prise de risque de l'artiste. Les violons s'avèrent agressifs sur ce morceau, l'ambiance (pour bien la décrire) est très « seventies », « Can't Leave You Alone » massif et agressif qui est plus typé « rnb » mais tellement loin de la production actuelle.
Que serait devenu Brian sans ses ballades qui ont marqué tant d'auditeurs ? Une question tellement fondamentale qui appelle une certaine réflexion. L'auteur du morceau « Anytime » (la plus belle ballade de la planète rnb) en connaît un sacré rayon en matière de slows. Mais là on sent facilement que les ballades sont empreintes d'une certaine amertume et de diverses déceptions sentimentales. « A Little Too Late » est le parfait exemple qui résume bien cet état d'esprit, Brian se plaint sur ce titre que sa compagne refusait de lui dire qu'elle l'aimait. Ten où comment transformer un produit artistique en œuvre privée ! Et la qualité ne cesse de suivre sur ce registre, on craignait une certaine baisse de régime en voyant le nombre de titres mais c'est mal connaître notre ami qui est toujours aussi inspiré, « Holdin' On » et ses beats électroniques qui rappellent combien le rnb de Mister Knight se rapproche de la soul. Une constatation importante qui prend toute son essence avec la participation de la reine incontestée de la Nu-Soul : Jill Scott. L'empereur du rnb main dans la main avec l'impératrice de la mouvance Nu… Cette conjugaison ne pouvait produire que des étincelles et c'est d'autant plus vrai que la frontière entre les deux styles musicaux est relative… Jill a travaillé sur l'écriture et, pour peu que l'on ait une oreille fine, elle participe sur certains morceaux en apportant son soutien dans les chœurs comme le titre « Again ». L'artiste s'élève à un niveau stratosphérique sur ce titre tout comme l'hallucinant « Red, White, Blue » avec Rascal Flatts où comment le rnb rencontre le rock. On admire encore l'interprétation générale qui bouscule tout ce que l'on connaît d'un simple revirement de la main… Magistral !
Homogène, travaillé, produit de l'expérience et du vécu, Ten ne peut que mériter l'admiration tellement ses qualités sont apparentes. Certes, on aurait voulu encore plus, plus de prise de risque, plus de diversité… Ces écueils résistent peu face à ce flot de qualité, comparer « Ten » à la discographie de l'artiste reviendrait à réaliser une analogie entre chaque modèle d'une marque automobile prestigieuse : la base atteint la perfection mais on effectue quelques petits ajustements pour se calquer sur une époque bien déterminée. Un album d'un très grand cru à savourer sans modérations qui prouve une nouvelle fois que les seniors ont encore beaucoup de choses à apporter dans l'univers musical.
Alors Brian, la 11ème bougie est fixée pour quand ?






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