Peut-être agacés par l'accueil mitigé réservé à leur précédent opus (Revoir un printemps), et sans doute désireux de remettre le couvert pour relever le niveau de la compétition dans le rap français, rarement les Marseillais d'IAM auront relancé la machine à succès avec autant d'ambition. En effet, la rumeur d'une nouvelle livraison pour le groupe n'a pas tardé à être suivie d'une date officielle de sortie (ce qui peut étonner quand on connaît la tendance du groupe à prendre son temps pour peaufiner son travail), ainsi que d'une mixtape annonciatrice d'un retour un fanfare d'Akhenaton, Freeman et Shurik'n, qui viennent préparer le terrain accompagnés de quelques renforts, en vue d'une Saison 5 de premier choix.
Comportant des morceaux d'IAM au complet, ponctués de titres solos de membres ou de proches du groupe, cette mixtape officielle confiées au mains expertes de Cut Killer et de Khéops donne le ton des aventures à venir du côté de Marseille. Les inédits se succèdent et les enseignements sont d'ores et déjà nombreux, comme lorsque l'auditeur constate avec plaisir qu'IAM revient à des récits épiques qui ont fait sa légende. "Quand les feuilles" ouvre superbement le bal, alors que "Le secret des micros violents" sonne comme un clin d'œil sans complexe au passé, comme pour mieux se libérer du poids des succès d'hier. Les virulents "Rap strict", "Sale argot" et le très posé "Prendre une seconde" viennent compléter la poignée d'inédits de grosse qualité (plus une très belle intro), et témoignent de la bonne forme d'Akhenaton (déjà nettement entrevue sur Soldats de Fortune), autant que du mordant et de la spontanéité retrouvés de Shurik'n ("Qu'est-ce que tu veux ?"). A l'inverse, Freeman surprend par une voix moins volumineuse, presque écorchée par moment. Le troisième MC du groupe déçoit par des schémas de rimes toujours un peu simples face à ceux de ses frères de micro, ainsi que par un flow stéréotypé qui dessert sa hargne et sa bonne volonté manifeste de bien faire. S'il ne brille que par séquence (notamment sur le "Tuco Theme", dont l'instrumental n'est autre que celui de la scène de torture de Tuco signée Enio Morricone pour Le bon, la brute et le truand), le Free demeure franchement en deçà de ses apparitions d'antan. On préférera largement le très Hip Hop "12 MC's" d'Akhenaton et son egotrip à tendance punitive sur l'apologie à PES 6, "Rooney", par exemple, au couplets véhéments d'un Freeman visiblement en manque de confiance et blessé par les critiques lancées à son égard.
Dans les rangs des guests, les Mc's Arabica (Freeman et K-Rhyme le Roi) font un retour rentre-dedans avec "On te fait mal", alors que Faf Larage apparaît beaucoup plus tranchant que sur son opus solo avec le massif "Méfi". Tout le monde a droit à son moment d'exposition et les forces vives de la Cosca sont mises à contribution : les Psy4 de la Rime sont au rendez-vous pour "Version originale", Veust Lyricist fait bonne figure en imposant sa voix de mammouth, tandis que le duo Chiens de Paille semble tout prêt pour un troisième album. Le constat est moins idyllique à l'écoute du catastrophique "Ne m'en voulez pas" de Bouga, qui pèche à tous les niveaux (en particulier du fait d'un flow complètement hors de propos). L'effet d'annonce est toutefois au rendez-vous pour IAM, avec une mixtape de luxe qui délivre les apparitions de la troupe au complet au compte-goutte, et dont les titres de moindre envergure ne sauraient faire oublier les promesses de l'ensemble. La sortie du nouvel opus constituera à n'en pas douter l'un des grands moments de l'année 2007, pour un rap français de plus en plus orphelin de ses mythes.






Les dernières chroniques

