Déjà à l'initiative des très convoités Rhythm Albums, le label Greensleeves profite de son 30ème anniversaire pour lancer une nouvelle série de compilations qui fera sans doute son effet chez les auditeurs avertis de ragga/dancehall, comme auprès des plus novices d'entre eux. En effet, intitulée Monsters of Dancehall, la saga est consacrée aux mastodontes du genre, et retrace en vingt morceaux leur parcours sur le label anglais. Premier artiste à l'honneur, et non des moindres, en la personne du pachyderme Elephant Man (qui fêtait ses deux ans à la naissance de Greensleeves…) avec une collection largement inspirée de ses sorties sur le label : Comin' 4 You!, Log On et Higher Level.
Garnie des tubes majeurs de la Bête, la tracklist a belle allure, et lance sans attendre les hostilités : « Log On » nous ramène quelques années en arrière, lorsqu'il ne se passait pas une semaine sans qu'Elie ne nous gratifie d'une nouvelle ogive, pas un mois sans qu'il n'installe un nouveau hit en tête des charts jamaïquains. L'irrésistible « Elephant message » (sur le Diwali) ne tarde pas à suivre, alors que son « Genie Dance » (sur le Coolie Dance) nous entraîne inévitablement vers le dancefloor. Les plus gros riddims des dernières années sont recensés ici, et portent les célèbres prestations du justement surnommé Energy God. Ainsi, on se réjouira d'entendre à nouveau les terribles « Egyptian Dance », l'imposant « Krazy », les megahits « No hail mi », « Higher Level », ou le tubesque « Give her it good ». Moins représenté que sa tendance aux titres très dansants, le goût d'Elephant Man pour les reprises éhontées n'en demeure pas moins esquissé avec l'inarrêtable « Bad man a bad man » qui détourne sans complexe le « Wolrd's Greatest » d'R.Kelly, alors que le même Kells est une nouvelle fois la cible du pillage avec « Jamaica » (qui plagie littéralement « Fiesta »). Les débuts de l'Elephant ne sont pas occultés non plus, puisqu'on retrouve l'excellent « Replacement Killa », sur lequel le flow oppressant de l'artiste rappelle le style rouleau-compresseur popularisé à l'époque par les toasteurs déjantés du Ward 21. Vous aurez également de quoi rire sur cette galette, avec « Tall up tall up » (ou Elephant Man dans la peau d'un chanteur d'opéra), et de quoi sourire avec le très épais « The Bombing », sur lequel Elie s'essaie avec pertes et fracas à une conscious tune censée rendre hommage aux victimes américaines du 11 septembre 2001. C'est surfait, maladroit, vide de sens, mais musicalement béton. A l'image de l'auteur, en somme.
Véritable orgie de tubes et de riddims incontournables, ce Monsters of Dancehall porte fièrement les couleurs d'une lignée en voie d'apparition. Les tubes de l'Animal n'ont pas pris une ride, et même ses excès de mauvais goût (l'hilarant « Chiney Ting », où Elephant Man raconte l'amour ses fans japonaises pour son « Anaconda »…) nous semblent des grands moments de dancehall. Une tracklist qui perd de son intérêt, pour autant, dès lors que l'on possède la discographie du bonhomme (seuls quelques morceaux proviennent de compilations diverses), mais que les fans collectionneurs, les nostalgiques, ou les gens désireux de découvrir The Energy God pourraient bien inscrire au programme de leurs achats. Scoobay !
PS : la note est donnée pour des personnes qui ne détiendraient pas ses opus estampillés Greensleeves, évidemment.






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