Un nouveau-né de 3.2 kilos, venu au monde un 1er Octobre pendant les années 70, en plein coeur des projects de Red Hook à Brooklyn. Hell Razah aka Charon Smith était alors loin de se douter que la claque sur les fesses infligée par la sage-femme ne serait que la première de ses nombreuses rencontres avec la dure réalité de ce monde. Un monde où il vaut mieux avancer groupé que solitaire. Ses aînés, amis d'enfance et de quartier Shabazz The Disciple, Killah Priest, Prodigal Sunn et 60 Second Assassin sont ses frères d'armes, constituent son crew depuis plus de 15 ans. Conjointement aux 3 derniers cités, il fonde les Sunz Of Man en 1995. Guidés par la voix de la spiritualité depuis toujours, le groupe s'impose comme l'une des meilleures sous-divisions du Wu-Tang, en compagnie de Killarmy. Un premier album en 1998, au titre biblique "The First Shall Be Last" extrêmement réussi, avec RZA, 4th Disciple et True Master aux manettes ; puis le morcellement du groupe avec la carrière solo de Killah Priest, les projets de Prodigal Sunn avec Two On The Road... Et il est déjà temps pour Razah de se lancer dans l'arène. En 2001, en guise de prélude, "When All Hell Breaks Loose" dévoilait un MC à la plume féroce et au flow énergique, malheureusement desservi par une qualité d'enregistrement douteuse et une certaine hétérogénéïté musicale. Cet album passé complètement inaperçu bénéficia d'un coup de jeune en 2004 avec "Freedom Of Speech", collaboration entre 4th Disciple et Razah, reprenant la plupart des meilleurs titres issus de la première mouture.
Presque 3 ans plus tard, Hell Razah est prêt à renaître, avec ce "Renaissance Child" que l'on considérera comme son véritable premier album solo. De "Nativity", l'intro présentant sa naissance, aux remerciements du titre-outro "Thankful", on sent le MC concentré sur son objectif : offrir le meilleur album de rap possible, sans pour autant négliger un discours qui lui tient à coeur. Pour cela, il n'a pas lésiné sur les moyens. Tout d'abord, un artwork magnifique, sorte de peinture à l'huile représentant Mr Smith les mains jointes, priant, en position d'icône, sur une terrasse aux allures orientales surplombant un territoire accidenté rappelant les montagnes arides de Béthleem (avec un peu d'imagination...). Ensuite, la vision artistique de Dreddy Kruger (A&R des projets "Wu-Tang Meets The Indie Culture" et "The Great Migration" entre autres), que l'on ressent complètement tout au long du disque, nous y reviendrons. Ce qui nous amène au casting impressionnant de producteurs : MF Doom, Bronze Nazareth, 4th Disciple, Dev1, Khrome, Dirty Needlez, DJ Battle, Fokis et Shuko contribuent tous à un ou deux titres ; côté featurings, le service est également impeccable : Talib Kweli, MF Doom, Ras Kass, RA The Rugged Man, Killah Priest, Tragedy Khadafi, Bronze Nazareth, Timbo King sont prêts à déchirer le mic.
Quand Dreddy Kruger prend la direction artistique d'un projet, la couleur musicale de celui-ci est généralement très cohérente, majoritairement soulful, sans oublier quelques instants plus street et crasseux. Hell Razah en profite pour se livrer entièrement, décortiquer les différentes facettes de son personnage. Avec "Buried Alive", il attaque sur un egotrip typique de son style : à la fois attaché à la rue et mystique, vengeur au stylo mais calme au micro.... I'm back, holding that ratchet, ya'll left on my casket A rap kid, that open up my CD plastic Another birth of an MC classic I Hell Raze' the dead, when I speak to the masses I'm like, embalming fluid in champagne glasses They say my name backwards and toast to they soldiers I let a psalm be beside, wipe the dirt off my shoulder We be pyramid builders, we be dealing with boulders When I shine it's supernovas that be hovering over Wrote a scripture on your tombstone, in the ink of a cobra Tossing niggas off the ship, if they thinking they Jonah. Razah conclut sur un avertissement aux patrons de labels qui voudraient le voir enterré vivant : nous, on rigole pas. Toujours sur une lancée nerveuse, Dev1 fait tourner son sample vocal et ses notes de piano menaçantes pour livrer "Renaissance", posse cut en forme d'hommage au Hip-Hop, avec Timbo King au refrain (I'm hip-hop before Sugarhill signed a deal Before Studio 54 poppin pills It was real when Kool Herc worked the wheels of steel Now we bring the game back into a New York field), un couplet de Tragedy Khadafi, et la conclusion énorme d'un RA The Rugged Man décidément dans une forme olympique, accumulant les références rap avec son flow inarrêtable I'm Wu-Tang, Killa Bee, epitome of Public Enemy Gamblin', Hustlin', like Smooth and Trigger be bitter, b Bums diggety-diggety, Das Literally, I'm Pun in the middle of Little Italy Didn't do diddly, gettin' me Listen to me I'm all good, I'm hood I'm Ice Cube before he turned soft and went Hollywood I'm Poetic from Gravediggaz I'm ODB, I'm Headquarters I'm Ted Demme, I'm Paul C If I ain't better than B.I.G., I'm the closest I'm Richard Pryor before multiple sclerosis I'm beef, I'm gold teeth, peace Mantronix, Stetasonic, Symbolic, Bambaata, Soul Sonic I'm Dre, the Chronic Melodic with logic Islamic A poverty prophet Economy robbery, cock it I probably properly droppin' It gotta be honesty Opposite a novelty, rock it I Herbie Hancock-it I'm Onyx Throwin' Ya Gun I'm Funky 4 + 1. Grosse performance, qui éclipse totalement les autres MCs. MF Doom nous offre l'occasion de nous détendre grâce à "Project Jazz", composition très enlevée basée sur un saxophone qui emplit tout l'espace sonore, supporté par un orgue en retrait. La qualité de ce beat permet à Razah, Talib Kweli et Doom, dans la peau de Viktor Vaughn, de nous offrir de nouvelles performances lyricales, évoquant la nostalgie de leur enfance, agrémentées de bruits de bombes de peinture, rappelant encore une fois les débuts du mouvement Hip-Hop, les graffs à l'arrache en évitant la police. Ces différentes réminiscences du passé laissent place à un pur moment de storytelling. Le nez plongé dans le coke, Pablo tente de boucler une affaire juteuse avec Wayne Metro à l'aéroport. "Los Pepes", tout pour l'argent, yens, pounds, euros and pesos.... Bronze Nazareth fait une nouvelle fois des merveilles, avec son beat 100% soul, voix pitchée, guitare, violons, basse, drums... Tout est samplé, assemblé pour une composition accompagnant le scénario imaginé et raconté avec maestria par Razah et Bronze. Le couplet de ce dernier est tout simplement brillant, lyricalement comme vocalement.
"Yours Truly" est beaucoup moins passionnant, légèrement teinté "street/club" pas mauvais, mais assez commun. 4th Disciple fait son retour en signant "Glow" à la basse synthétique bien grasse et la flûte hypnotisante, sur lequel Charon Smith fait planer un vent de rébellion anti-système. "Glow" ouvre la voie à deux titres sur la thématique de l'esclavage, "Chain Gang" et son sample de Nina Simone retrace brièvement l'histoire de l'esclavage à travers les âges, tandis que sur "Runaway Sambo", Hell Razah fait part de son désir d'émancipation, se comparant aux nègres marrons fuyant leurs maîtres, et en transposant cette situation dans la société actuelle. Des voix venues d'un autre temps résonnent avec le beat, très old negro spiritual et gospel "None of us are freeeee"... C'est en compagnie de Killah Priest que Razah nous remet les pieds sur le béton avec "Smoking Gunnz", très proche des meilleurs titres de Black Market Militia par son côté conscient/street, sur fond de guitare électrique et piano. Le refrain est explicite If you was lookin for that Smokin Gun I would ask Dick Cheney where he get it from I would ask Smith and Wesson how to make me one You should smell ya own hands for the Smokin Gun Yea. Killah Priest y fait forte impression. Bronze Nazareth revient aux manettes pour "Millenium Warfare" avec son interprétation de "What's Your Name" des Moments, sample assez grillé mais aux violons magnifiques, bien découpé et qui apporte une bouffée d'air frais après la pression imposée par le titre précédent. Un nouvel invité prestigieux fait son apparition : "Musical Murdah" débute tranquillement : quelques notes de piano ; puis une basse ; des snares ; Hell Razah commence à rapper ; puis l'instrumentation explose, les drums se font plus pressantes, une mélodie sortie d'ailleurs s'installe en même temps que le beat prend de l'ampleur... La composition signée de l'inconnu Jordan River Banks est excellente. Une bonne occasion de faire briller un rappeur qui n'en a malheureusement pas l'habitude : Ras Kass débarque sur le deuxième couplet et défonce le micro avec son flow atypique, supporté pour une fois par un beat à a hauteur Two years when I'm on vacation, just one man defying a nation Who else could chop pies in the basement? Then turn around and sign with a Mason Define the relation between crime and inflation Dominicano and Haitian. A la suite de Renaissance Child, un autre projet est prévu pour Hell Razah : l'album des Maccabeez, le groupe qu'il compose avec Killah Priest et Timbo King (oui oui, c'est Black Market Militia sans Tragedy, nous sommes d'accord....). Le groupe se présente avec "Maccabee House" agressif et rempli de pianos It's the Maccabee's house, be careful of the doors you open, cause it might be a casket closing. Explicite avertissement... Pour boucler la boucle, "Lost Ark" est un nouvel egotrip à moitié ésotérique assez orchestral, qui conclut ce Renaissance Child avant de céder la place aux remerciements d'usage sur le dernier titre "Thankful".
Hell Razah a mis tous les atouts de son côté pour réussir un grand album, et le pari est tenu. Aucun point faible à noter, à part un petit ventre mou au milieu de la tracklist. Et c'est là que le bât blesse, car cela correspond justement à l'enchaînement des titres en solo : à force d'inviter d'excellents MCs en featuring, on finit par remarquer qu'il se fait voler la vedette quasiment à chaque fois. Sa voix sonnant comme apaisée, avec moins d'énergie que sur Freedom Of Speech, ses performances de emceeing en prennent un coup. Renaissance Child reste quand même un très bon album.






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