Dans la famille des artistes new yorkais qui se tournent les pouces depuis plusieurs années, et préfèrent empiler les mixtapes que s'enfermer en studio pour préparer un album, Jae Millz compte parmi les plus en vue. Avec son principal rival dans la catégorie, Papoose, le rappeur a accumulé le buzz, fait grimper les enchères, entassé les promesses, pour un palmarès toujours vierge. Avec cette énième mixtape officielle, intitulée The time is now (dont le titre n'est pas sans rappeler le célèbre The future is now de Fifty Cent et de son G-Unit), Jae Millz entend franchir un nouveau cap et se rapprocher du premier opus, enfin.
Doué techniquement, comme beaucoup de ses camarades étiquetés ‘next big things', l'artiste se caractérise surtout par des choix musicaux sans personnalité et sans ambition, rivalisant de conformisme et de facilité. Ainsi, si Jae rentre fort dans la danse avec un solide « Lick Off a Shot », rares sont les moments riches en intensité au cours de 18 titres compilés sur le tas. « I'm bout gettin' money » est un semblant de tube d'inspiration sudiste et dont le refrain Rick Rossien trouble les piste quant aux origines du rappeur. « This is why i'm hot », sur lequel l'artiste tente d'expliquer les raisons pour lesquels il estime être au top ne convainc pas dans la forme, et encore moins dans le fond. Au croisement du flow de Jay-Z et des intonations chantonnées de Fifty Cent, Jae Millz manque cruellement de personnalité et de charisme à bien des reprises, malgré une fluidité et une aisance évidentes. N'hésitant pas à juxtaposer les propos de « Martin Luther King Jr.Speaks » à des titres aussi banales et dans l'air du temps que « Gangsta », le rappeur hyperactif reste flou dans sa ligne de conduite. Certains morceaux viennent néanmoins donner de l'épaisseur à un ensemble très ‘freestyle', à l'instar de « Respect me » (qui sonne comme un appel à la crédibilité pour un rappeur à sensation) ou le plus profond « This Way ». D'autres, comme « Big pimpin », « Mo' money » ou « Y'all know » en disent long sur l'originalité de l'ensemble (jusque dans les titres) et sur les difficultés à se démarquer pour les éternels rookies new yorkais, barrés dans la course au succès et à la reconnaissance par des rappeurs sudistes sans doute plus frais, plus audacieux, et bénéficiant actuellement de la faveur du public.
Rien de particulier à retenir de cette mixtape, si ce n'est ce que tout le monde sait depuis un certain temps désormais. New York peine à retrouver un souffle et la génération Jae Millz, Papoose (qui est d'ailleurs invité sur « U can't tell I'm from N »), Saigon risque d'être sacrifiée au bénéfice de la vague South. Dans ce marasme, l'authenticité de la musique et du ton d'un Joell Ortiz, par exemple, viennent prouver que le public reste en attente d'un leader véritable pour cette scène en veille et qui repose aujourd'hui plus sur ses vétérans que sur une relève bien discrète et peu entreprenante. On ne peut même pas dire que cette mixtape soit mauvaise. On la traverse juste sans qu'elle retienne notre attention. Les beats empruntés aux sensations Beanie Sigel, Cam'ron, AZ, Dogg Pound et NWA n'y changent malheureusement rien, et ne font qu'accroître la dépendance de l'ensemble au prestige des influences.






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