Il a fallu un an à Dizzee Rascal pour sortir son 2eme album, il lui en aura fallu trois pour sortir le 3eme. Trois ans pendant lesquels Dizzee Rascal s'est détaché peu à peu du corner où on l'avait découvert pour la première fois. Peu à peu, car si on peut réellement constater une évolution festive dans l'atmosphère générale de sa musique, on ne peut que constater aussi que Maths and English reste un album contrasté. Tout d'abord par le biais d'une juxtaposition de sons festifs et de sons plus streets, plus sombres. Mais aussi du fait d'une modernité éclatante dans la production, un encrage dans le rap actuel et une saveur old-school qui font qu'on a du mal à savoir si Dylan Mills recycle, reproduit ou innove tout en ayant la nette impression qu'il fait les trois en même temps. En même pas cinq ans et a à peine 21 ans, il est devenu l'artiste anglais incontournable qui fait que Maths and English est sûrement l'album le plus attendu de l'année pour tout fan de hip hop qui se demande ce que le futur réserve à son iPod. Issu d'une scène grime en perte de vitesse et dont la tête a été mise a prix par Tony Blair himself, Dizzee Rascal ex-Roll Deep apparaît comme le dernier mohican.
D'un premier abord, la facilité d'écoute est assez impressionnante. Il fallait au moins cinq bonnes écoutes pour vraiment apprécier ses précédents travaux là on est conquis dés la première écoute. Les ambiances des premièrs disques étaient froide, tourmentées, poussées à l'extrême, on apparentait presqu'à du Cannibal Ox. Celles-ci ont laissé place à une énergie, des sons festifs sur une bonne partie de la tracklist. Les morceaux efficaces qui se résumaient dans sa discographie à "Fix Up, Look Sharp" et "Stand Up Tall" constituent désormais la majorité de l'album. Et pour cela, Dizzee y va par quatre chemins ! Tout d'abord, comme ses confrères américains Kanye West ou Lupe Fiasco, un bon p'tit morceau en feat avec des chanteurs issus d'autres courants musicaux (blanc, pop et hype de préférence) : Alex Turner des Arctic Monkeys pour un « Temptation » super entraînant ! Et l'ex-girlfriend de l'année, Lily Allen (plus hype tu meurs !) pour un « Wanna Be » dont la thématique n'échappera à personne et la sonorité joueuse rappellera un "Dream" en version pop/rock. La seconde voie empruntée par Dizzee est de nous sortir des productions qui nous ramènent aux premières heures du Garage et aux sonorités électro 2 Step du So Solid : un « Flex » calibré pour faire danser et le drum & Bass « Da Feelin' ». Ces morceaux mélangent à merveille des productions électros saccadées au flow rythmé de Dizzee Rascal, c'est la recette magique du Garage qui a voulu tuer le rap Anglais.
La troisième voie se réalise par le biais de la conquête du public de Rap US. Remarquons qu'au lieu d'aller croiser le mic avec les new-comers de NY, Dizzee va chercher sa collabo au fin fond du Sud. Les UGK pour « Where's Da G's » dont la sonorité rend tout de suite évidente la collaboration, on a à faire a un bon son lourd sudiste mais qui finalement sonne assez grime et dont la gangsta attitude n'est pas sans rappeler un « Rap Dis » d'Oxide & Neutrino (So Solid). In fine le son sudiste moins encré dans le sample de Soul et plus disposé aux rythmes saccadés rapproche plus les deux courants. La quatrième voie est cette touche old ‘school que l'on retrouve sur « Sirens », « Pussyhole » et « Bubbles », un petit sample sur l'instru qui fait merveille comme sur « Fix Up , Look Sharp ». Signalons que le revival old' school dans la production reste le dernier coup de génie de RZA et qu'il en inspiré plus d'un depuis (Missy, Nas). Et après tout ça, il nous reste les morceaux purement grime, le très introspectif « Excuse me please » qui est globalement le seul morceaux posé de l'album et là aussi très réussi. Il ramène l'auditeur aux ambiances plus tourmentées des premiers travaux, à l'inverse d'un « U Can't Tell Me Nuffin' » bien hargneux qui avec son refrain sonne comme une piqûre de rappel (« Cos' I'v been trought Madness, U can't tell me nuffin' »). Au cas où une partie de l'audimat aurait trouvé Dizzee Rascal un peu trop golden boy sur le long de l'album. Le MC anglais a eu la bonne idée de commencer et de terminer l'album avec les morceaux plus hargneux (« Pussyhole/Sirens » et « U Can't Tell Me Nuffin' »).
Le résultat est plutôt remarquable, Dizzee fait le grand écart durant toute la tracklist et s'en sort à merveille, chaque auditeur aura son morceau préféré qui risque de changer au fil des écoutes. Tout l'album est de haut vol mis à part « Suck My dick » qui sonne creux. Comme Sway, Dizzee amorce une tournure musicale plus ouverte vers l'auditeur qui parait évidente pour un mc/producteur talentueux qui ne mérite pas de rester confiné au cercle de quelques initiés. Ça reste un pur produit issu de la scène anglaise avec ses particularismes mais qui est définitivement prêt à conquérir un large public sans pour autant renier la base de sa musique, mais plutôt en s'y appuyant.






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