Faut-il encore présenter Guru ? Sa voix suave et son flow tranquille ont traversé les époques, de la fin des années 1980 à aujourd'hui. Incarnant autrefois le renouveau du rap conscient, durant la période que nous nommons, la larme à l'œil, l'âge d'or du hip hop, le vétéran a surpris son public il y a deux ans, quand, s'étant séparé de Primo, son compagnon de toujours, avec qui il était entré dans la mythologie du hip hop sous le nom de Gangstarr, il avait sorti son premier véritable album solo : Version 7.0 The street scriptures. Cet album, et son nouveau producteur Solar, avait divisé ses fans, réjoui beaucoup, déçu certains… Il faut dire que Solar ne fait pas autant l'unanimité que Primo. Pourtant, c'est encore à lui qu'est confiée la production intégrale du 4 eme volume d'un projet cher à Guru : Jazzmatazz. Conçus comme une fusion des musiques Jazz – Soul – Hip hop, les 3 premiers volumes parus en 1993, 1995, et 2000 ont rencontré à la fois un franc succès commercial et de très bonnes critiques. Même si le projet est devenu, vers la fin, plus un disque de rap très accessible au grand public qu'un ensemble jazz-hip hop, la sortie d'un volume de Jazzmatazz est toujours un événement pour les fans du Gifted Unlimited Rimes Universal.
Premier Constat : Guru a vieilli. 41 ans. Il l'a accepté, affirmant aux journalistes que si le hip hop a besoin de mûrir, il faut que les artistes mûrissent aussi. Nous voici rassurés, Guru n'essayera pas de paraître plus jeune, ou de faire quoi que ce soit de stupide. Il s'est assumé, il a enfin réussi à vaincre son penchant maladif pour l'alcool et désire maintenant démarrer une nouvelle page de sa vie grâce à sa musique : « Build my name, this how I kill my pain. » nous dit-il dans le morceau ‘Living Legend'. Nouveau label, Nouveau producteur, Nouvelle vie. Et pourtant, il se dit lui-même « more thirsty than before ». Guru communique toujours la même envie de bien faire, le même amour du hip hop, et la grande majorité de ses textes traite ici de ses thèmes de prédilection, qu'il a développé en long et en large en 20 ans de carrière : la décadence sociale des Etats-Unis ( on notera la comparaison des ghettos américains aux villes de pays en guerre civile dans ‘Universal Struggle'), la défense acharnée de la culture hip hop, et la critique acerbe des artistes plus décidés à faire du fric que de la musique. On retrouve donc notre bon vieux guru, passionné de jazz (écoutez ‘Cuz I'm jazzy' ou ‘The jazz Style' pour vous en assurer), toujours un brin moralisateur, un brin arrogant, et pourtant, encourageant toujours les artistes à la création, à l'innovation, à la mise en place d'une identité propre : « just be yourself » clame t-il avec Common sur l'excellant « state of clarity ». Au niveau technique, peu de changements également : des textes simples mais sincères, peu de punchlines mais beaucoup de jeux de sonorités, une diction claire (qui nous permet à nous pauvres français de comprendre mieux son message), et surtout un flow limpide reconnaissable entre mille. Bref, pour ce qui est de la partie lyricale, il n'y a rien à dire, c'est bien du Guru, une valeur sûre, une excellence confirmée. Qu'en est-il des instrus ?
“ I use the language of the drums to translate” “I speak to those who ear me, I speak to open minds”. Comme il le dit lui-même, la partie purement musicale a une place privilégiée dans les Jazzmatazz, plus encore que dans d'autres albums de rap. Le disque se veut ouvert, brassant les cultures…Et finalement, le volume 4 ressemble assez peu aux trois premiers. Le style de Solar est particulier, cohérent, mais pas forcément adapté à la musique attendue sur un Jazzmatazz. Sagittarius caractérisait sa musique, sur le précédent album de guru, par les mots fraîcheur et émerveillement. La fraîcheur est toujours incontestablement présente sur ce disque, mais les beats ne nous émerveillent plus autant. Solar serait il mal à l'aise lorsqu'on lui demande de changer de style ? Ne soyons pas trop durs : la moitié des prods est excellente : citons ‘Cuz I'm Jazzy', ‘State of clarity', ‘stand up' (un beat typique de solar), ‘Look to the sun', ‘Wait on me' ou le superbe ‘Living legend'. Un cran au-dessous peut-être, ‘Fine and free', ‘Fly magnetic' ou ‘International' pour ceux qui ne sont pas allergiques à Bobby Valentino. D'ailleurs, a propos des featurings, il y a un invité par track (sauf sur ‘Look to the sun') : De Slum village à David Sanborn (!) en passant par la jeune Vivian Green. Chacun apporte une touche intéressante au disque même si certains auditeurs regretteront le nombre peu élevé de grosses pointures (ou de français, absents cette fois-ci !). Pour finir sur les instrus, l'album est un peu moins jazzy que les précédents Jazzmatazz. C'est une musique soul-jazz-hip hop marquée par la patte de solar, qui, bien que talentueux, n'est pas dans son meilleur élément.
L'histoire retiendra t-elle cet album ? L'ombre des trois premiers risque d'être un peu trop grande. On se souviendra quand même de la force (toujours aussi) tranquille de Guru, son message hip hop martelé du début à la fin : « Just Be yourself, Nothing gonna change unless we change ourself », et du style agréable de Solar, qui, c'est certain, aurait pu faire mieux. La qualité est au rendez-vous, cela ne fait aucun doute, mais l'on passe à côté d'un très grand album. Guru nous a tellement habitué à la haute qualité que l'on était en droit d'attendre un peu plus. Trop peut-être ? Toujours est-il que nous n'avons droit qu'à un (très ?) bon album.
Cela étant dit, ce n'est pas avec ce CD que Guru s'effondrera. Le vétéran peut se vanter de ses 20 ans de carrière sans aucun faux pas. Car après tout, une fois la petite déception dissipée, on ne peut s'empêcher de se demander : A quand le volume 5 ?






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