« Et Above The Law, il deviennent quoi eux ? » Bah ouais, ça commençait à faire un bout de temps que les 3 lascars de Pomona avaient disparu du radar, à part pour la poignée de fans irréductibles d'un groupe, malgré tout, légendaire... Les années 90 avaient pourtant été fastes pour Cold 187um, KMG The Illustrator et DJ Total K-Oss. Tout commence par une signature sur Ruthless Records en 89, et la sortie dans la foulée de leur première ogive « Livin Like Hustlers », produit par Dr Dre, en prolongement du tremblement de terre NWA... Malheureusement, en comparaison, l'impact de l'opus de nos homeboys, lui, s'apparenterait plutôt à un pet discret... Les prémices d'une carrière entière d'actes manqués. Pas découragés, ils enchaînent trois albums qui marquent les débuts d'une production musicale totalement assurée par Cold 187um. Il faut dire qu'entre son père Richard Hutchinson, parolier de Motown, et surtout son oncle, l'incroyable Willie Hutch (auteur/compositeur/interprète des BO Blaxploitation magistrales de « Foxy Brown » et « The Mack »), le kid a de quoi être un musicien talentueux. Il livre sa propre définition du G-Funk, qui n'a rien à envier à ses illustres collègues Dr Dre, Warren G, Daz Dillinger ou DJ Quik. Au fil du temps, il a su développer son originalité, tout en s'appuyant sur les bases du P-Funk, et faisant évoluer son style album après album. « Uncle Sam's Curse » notamment contient LE gros succès de la carrière d'A.T.L., « Black Superman », classé parmi les 100 plus grands titres de l'Histoire du rap, selon le magazine The Source, et vous savez comment ils sont crédibles eux ^^
A la suite de la mort d'Eazy-E, le groupe trouve refuge chez Tommy Boy, et y réalise deux disques très réussis musicalement, sans que les chiffres de vente ne suivent. Après un court essai en indépendant, Above The Law signe en 2000 un transfert improbable vers le nemesis de toujours, Death Row Records. Suge Knight avait alors décidé de faire de Cold 187, entre temps renommé Big Hutch, le patron musical de son label. Death Row Records était déjà synonyme d'enterrement de carrière en ce tout début de 21è siècle... Effectivement, cette signature fut l'équivalent d'un grand coup de pelle. Après avoir travaillé sur plusieurs projets subalternes (Hutch signant plusieurs titres pour Dead Man Walking et Dogg Pound 2002, ainsi que pour le bon « Until The End Of Time » de Tupac), le groupe se sépare à l'amiable en 2003 de l'écurie de Suge Knight (bah si, apparemment c'est possible...) et se prépare à finalement lancer son huitième album. et non. 4 ans de taule pour K-Oss, 2 ans pour Cold 187 (trafic de marijuana, dénoncé par une balance camée), ça fait un grand trou dans le planning. Dure dure la vie de thug.
Malgré tout, « Sex Money & Music » finit par se frayer un chemin jusqu'à nos oreilles en cette année 2007. Réalisé dans son intégralité en 2003, l'album n'est par conséquent pas de la première fraîcheur, mais la musique, c'est pas comme la bouffe, ça pourrit pas dans les placards. Au menu, l'ambiance caractéristique d'Above The Law : rythmiques funky et handclaps à foison, sur lesquelles viennent se greffer de lourdes basses et de multiples mélodies de synthé, torturées, hypnotiques voire parfois expérimentales, portant la patte de l'architecte sonore Cold187. Au micro, le charme du groupe vient du total contraste entre les deux MCs : là où 187 gueule ses couplets avec énergie, en forçant sa voix dans les aïgus, varie ses tons, KMG la joue tranquille, laid-back et linéaire au possible, en usant d'un timbre grave et rocailleux. Les deux n'hésitent pas à chantonner pour un rendu du meilleur effet. Cette complémentarité est essentielle et joue un rôle clé dans l'ambiance de leurs titres.
Album après album, A.T.L. s'est fait une spécialité de dégotter LA tuerie à passer en boucle, LE titre qui restera dans les mémoires : ici, c'est « Still Smoking » qui remplit ce rôle à merveille. Mélodie envoûtante, mi-apaisante, mi-nostalgique, propice à l'allumage du sacro-saint philly blunt ; refrain chanté « I love hustlin.... bein' a gangsta... no more strugglin... still smokin... still drinkin.... » ; et deux couplets qui, s'ils ne brillent pas par l'originalité du thème, ont le mérite d'être brillamment exécutés « Strictly neg-gro shit, i'm a sycomore nigga with the dice, what the fuck they hittin for shit ». Malgré quelques fausses notes dans la tracklist (« Extasy » à la recette déjà employée, « Push » et « Flippin Birds » pas forcément intéressants...), l'ensemble est plus que solide. Citons par exemple l'énorme « Ghetto Platinum », sa boucle hypnotisante et omniprésente, invitant un Hazmad proche de voler la vedette aux deux OG's ; « Strippers » au beat rebondissant comme les booties des salopes euuuuh.... des danseuses de strip-club ; « Gutta » titre sombre à souhait comportant les fameuses harmonies vocales de Kokane, cousin de 187 ; ou encore « Freak In Me », bien plus léger, et à la basse bien grasse.
Pour résumer, rien de foncièrement nouveau, mais un album qui fait plaisir, nous permettant de retrouver la recette qui a fait le succès d'Above The Law, après des années de galère... Vivement la suite.






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