Avec à son actif le solide Shadows of the Sun (2003), celui qui posait dans le rôle de Muhammad Ali sur la cover de son EP Champion, n'a pas tardé à se forger une réputation de puncheur des mots. Pourvu d'une écriture riche, d'une voix efficace et d'un flow technique, le natif du Wisconsin est même souvent nommé parmi les références des dernières années dans l'art de défier les beats et d'apporter un souffle d'air frais sur une scène rap qui n'en demande pas moins. Autant dire, donc, que le nouvel album du rappeur albinos, simplement intitulé The Undisputed Truth (comme pour symboliser la facilité avec laquelle Brother Ali impose son style), avait la lourde mission de venir faire table rase sur l'actualité Hip Hop pour s'imposer comme un nouveau standard. Ou comment un coup de maître positionne son auteur au sein du gratin du moment…
The Undisputed Truth, malgré ce qu'une cover introspective laisse penser, n'est ni sombre, ni nombriliste. Avenant dans la forme (le beat lorgne bien souvent vers des sonorités funky pour le moins efficaces), l'ensemble l'est aussi dans l'esprit. Brother Ali fait ainsi valoir l'agilité de sa plume et de son flow pour faire vaciller l'establishment (notamment celui de son industrie) sur un « Uncle Sam Goddam » venimeux mais interprété sans haine. C'est en effet la force d'Ali, que de proposer du sens et de la matière (« Freedom ain't free », « Letter to the Government ») sans noyer son propos de véhémence, ni de la fronde simpliste et irresponsable que certains rappeurs affectionnent tant. Signé sur le label Rhymesayers Entertainment (dont le rappeur d'Atmosphere, Slug, fait partie des fondateurs et dirigeants, pour l'anecdote), Ali fait honneur à l'empreinte habituelle des siens au gré d'un Hip Hop souvent sautillant (le terrible « Truth is » ou encore « Here ») et aux ambiances relaxantes. Grand moment de la tracklist, « Walkin' Away » semble littéralement nous transporter sous d'autres cieux. Instruments savamment imbriqués, sifflements envoûtants et beats entraînants sont ainsi les atouts majeurs du rap posé et réfléchi dans lequel Brother Ali excelle. Le sec « Lookin' At Me Sideways », l'introductif « Watcha' Got » ou encore « Take Me Home » nous invite dans l'univers (parallèle) d'Ali, et son florilège d'ambiances toutes aussi éloignées les unes que les autres de l'ambiance dark et austère que le visuel n'avait pu le laisser présager. Apaisant et studieux, le voyage se termine sur deux belles notes (« Faheem » et « Ear to ear » qui viennent couronner l'arrivée à maturité d'un artiste en pleine possession de son art.
Véritable coup de force de son auteur, le bien nommé The Undisputed Truth propulse Ali au rang des sensations du moment. Produit avec une aisance bluffante par le metteur en son d'Atmosphere (ANT), dans le style qui le caractérise tant (recyclage de rythmiques et de sonorités funk, basses grasses, etc.), et sublimé par les rimes d'orfèvre d'un Brother Ali qui survole une large partie de la concurrence, cet opus devrait s'imposer comme celui de la consécration pour le rappeur albinos le plus célèbre du game. Sans surjouer, sans extrapoler son talent, le nouveau fer de lance de Rhymesayers transforme l'expérience engrangée par son entourage artistique pour imposer sa propre marque. Nul doute que cette livraison devrait faire école, et que les prochains mouvements d'Ali ne manqueront pas de susciter une attente à la hauteur de cette pièce d'une qualité rare.






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