Fort de son succès dans les derniers projets estampillés Wu Family, mais aussi de certains opus dont il intégralement été aux commandes (son Great Migration, et le [i]Wisemen Approaching de son groupe), Bronze Nazareth surfe quelque peu sur la vague en sortant The Unknown. Projet relativement confidentiel regroupant des enregistrements d'une époque au cours de laquelle le nom de Bronze ne faisait pas grand bruit (1995-2000), cet opus met en perspective le chemin parcouru par le rappeur/producteur depuis quelques années, et lui offre le plaisir a posteriori d'une sortie qui n'a jamais eu lieu. Fiers de leur travail « artisanal » (comme ils le décrivent brièvement dans le livret qui accompagne la galette), Bronze et Kevlaar 7 (des Wisemen) donnent un aperçu de leurs débuts. Un cadeau qu'ils se font à eux mêmes et aux fans, comme pour prendre leur revanche sur le passé et dresser le bilan du travail effectué depuis.
Evidemment, il ne faut pas attendre de cette livraison les mêmes sensations que celles ressenties lors des derniers travaux de Bronze. Opus de son temps (donc, plutôt passé dans la forme), The Unknown reste une curiosité pour quiconque s'intéresse aujourd'hui aux productions du Wu Element. Si certains beats ne rivalisent pas de créativité ni d'originalité (pas pour l'époque, et encore moins pour 2007), à l'instar de « Moral of the story », le tout respire la volonté de bien faire et un talent de compositeur déjà esquissé. Souvent plus brut qu'aujourd'hui dans son découpage et dans son utilisation des samples, Nazareth sort toutefois quelques atouts de sa manche avec « God Of Souls », « Hypnotic Prophet », ou encore « Everything's So Deep ». D'autres morceaux restent largement en deçà du standard Bronze du moment, comme le rugueux et sans grand charme « Northern Battalion », ou quelques autres beats répétitifs et conventionnels. Il faut néanmoins repositionner dans leur époque de création les morceaux compilés sur la tracklist pour mieux les appréhender : l'enregistrement de piètre fidélité (« Reflection of Glass & Black Paper », qui paraît très amateur), les compositions d'un autre âge, voire même des couplets un peu en retrait.
Pour qui parviendra à considérer cet opus pour ce qu'il est (un coup d'œil de Bronze dans son rétro personnel), l'écoute s'avérera sans doute riche et instructive. La montée en puissance du style et de l'art de Bronze, l'affirmation d'une empreinte sonore naissante mais aussi le charme d'un projet d'envergure moindre, rendent The Unknown incontournable pour les fans. Ceux qui ignorent tout de Bronze Nazareth actuellement auront l'occasion de se plonger quelques années en arrière pour baigner dans le rap de la deuxième moitié des 90's. Ils manqueront toutefois une large partie de l'intérêt de l'album en n'ayant pas en tête les références présentes du producteur. L'opus s'inscrit en effet dans la progression de son auteur, plutôt que dans une stricte évaluation arrêtée. La sortie aurait peut-être eu un impact supérieur en son temps. Elle restera avant tout destinée aux convaincus, aujourd'hui.






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