2007 semble pour le moment être une année plutôt calme concernant les sorties sudistes. Hormis quelques bonnes surprises, il n'y a pas vraiment eu grand chose de qualité à se mettre sous la dent. Comme souvent pour la scène Westcoast, il aura donc une nouvelle fois fallu compter sur ses vétérans pour redorer le blason. Bun B et Pimp C ne sont désormais plus séparés par la prison, et après avoir sortis chacun son album solo, c'est plein d'ambition et toujours fidèles à eux-mêmes qu'ils reviennent sur le devant de la scène pour un tant attendu nouvel opus des UGK. Et quand les Underground Kingz débarquent, c'est toute la planète Hip Hop qui tremble sous la lourde chaleur texane de leurs morceaux. Une ligne artistique qui n'a jamais changé depuis leur début, là est justement la recette du respect qui pèse lorsqu'on prononce le nom UGK. Et pourtant, ce ne sont pas les tentations qui ont manqué durant leur carrière, surtout lorsqu'on sait que notamment P Diddy ou encore Jay-Z ont voulu acquérir le savoir faire du duo. Mais le succès facile, ce n'est pas le genre de la maison, alors c'est une fois de plus sous Jive Records que Underground Kingz est conçu, le dernier qu'ils doivent au label.
Pour un retour en force, c'est une double dose qu'ils nous fournissent : un double album qui invite des artistes variés et de tout horizon, comme pour montrer qu'ils sont en connexion avec tout le monde. La plupart des pointures du sud sont bien évidemment présentes, nouvelle ou ancienne génération comprise, mais aussi des collaborations avec des artistes Eastcoast histoire de montrer que pour eux ils n'y a guère de rivalité entre les deux "régions". Tout d'abord Talib Kweli et son lot de rimes viennent donner leur opinion sur les "Real Women" (avec la douce voix de Raheem Devaughn), pour un morceau relax qu'on pourrait qualifier de Nu Hip Hop/Soul. Une réunion des old-timers à lieu sur "Next Up", Bun B et Pimp C s'associent aux deux institutions que sont Big Daddy Kane et Kool G Rap pour remettre au goût du jour la "Symphony" du Juice Crew. Autre nouvelle version, celle de "Life Is...Too Short" sur "Life Is 2009 " produit par Scarface et avec un nouveau couplet version 2007 de Too Short. Encore plus surprenant, après avoir faits une apparition sur le Maths + English, c'est au tour de l'anglais Dizzee Rascal de rendre l'échange en venant poser sur leur opus, via le morceau "Two Type of Bitches". Et le résultat final est réussi. On sent bien que le londonien s'est appliqué à poser sur un beat bien moins extravagant qu'il en a l'habitude, mais tout en gardant son flow percutant qui respire le grime et le ragga.
Undeground Kingz est un savoureux mélange de morceaux rudes : "Grind Hard" (Feat. Young TOE & DJ B-Doe), "Still Ridin' High" avec Scarface qui se refait un petit Fix sur le refrain (comme quoi les anciens n'ont rien perdu de leur intensité), ou encore le surpuissant "Take The Hood Back", produit violemment par la team floridienne The Runners, où la rage s'exprime au micro avec Slim Thug, Vicious et le groupe Middle Fingaz. Mais tout ceci côtoit aussi des sons beaucoup plus laid back, imprégnés de Funk et de Soul. La hargne sudiste et leurs lyrics de cow-boy s'allègent en effet parfois pour laisser place à des morceaux plus léger, pour rider tranquillement dans leur Cadillac. Majoritairement co-produit par Pimp C, il vient lui-même y pousser la chansonnette comme sur "Swishas & Dosha, Gravy", ou sur l'excellent et bien nommé "Quit Hatin' The South" avec deux invités de luxe que sont Charlie Wilson et Willie D des Geto Boys. Mais encore sur le non moins frappant "Trill Nigga Don't Die" avec une bonne prestation de Z-Ro, et un refrain de Pimp C qui n'est pas sans rappeler le même message des N.W.A. sur leur album EFIL 4 ZAGGIN. Certains textes se veulent également touchants, comme sur le poignant "How Long Can It Last" au début du second disque où l'on retrouve pour notre grand plaisir la voix de Charlie Wilson, mais aussi la touche finale avec "Living This Life" où le blues dans la voix de Pimp C ne peut guère laisser indifférent.
Leur album regorge de pépites d'or qu'on ne se lasse pas d'écouter, comme cette production funky de Pimp C sur "Heaven", dans laquelle ils se demandent comment sera le paradis pour les gangsters. Le second single avec Outkast, "Int'l Players Anthem", produit par Juicy J et DJ Paul (samplant "I Choose You" de Willie Hutch) fait également beaucoup parler de lui avec une très bonne et surprenante prestation d'Andre 3000, qui fait déjà date. Ou encore la basse et ces quelques touchent de piano qui viennent faire toute la force du morceau "Cocaine" avec un Rick Ross toujours très imposant. Les rois de l'underground? Leur blaze prend vite un sens en écoutant le titre éponyme. Il est donc difficile de trouver une faille dans ce double disque, pourtant quelques points noirs viennent nuire à l'ensemble; comme ce tube crunky dancefloor "Like That" produit par Lil'Jon qui fait un peu tâche. D'ailleurs le remix de Pimp C de ce même morceau a sûrement été placé sur le premier disque car celui-ci était bien meilleur. Si Jazze Pha s'en sort plutôt bien avec "Stop-N-Go" en y apportant son style exubérant au refrain, sa production "Tell Me How You Feel" flirte nettement avec la simplicité, bien que celle-ci soit plutôt bien exploité par Bun B et Pimp C.
La complémentarité entre les deux est bel et bien encore efficace, le flow de Bun B est toujours aussi charismatique, la voix de Pimp C se porte bien et leur plume est toujours aussi futée et affûtée, en témoigne "Chrome Plated Woman" et le premier single "The Game Belongs To Me", sur lequel ils utilisent une subtile métaphore pour parler de différentes drogues ("got Bobby by the pound, Whitney by the key, DJ Screw by the gallon[...]" pour la marijuana, la cocaine ou encore la codéine pour ce dernier). Après avoir fait une présentation principale de cet album, c'est à votre tour désormais de donner votre avis sur la performance des deux vétérans de Houston.






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