4h du mat', le téléphone sonne. La sonnerie stridente me sort brutalement d'un rêve dont je ne m'en souviens déjà plus. A peine ai-je eu le temps de marmonner un "Allo", que la voix à l'autre bout du fil me dit sèchement "Il a remis ça!"... J'ai l'impression d'être dans un film car comme un acteur j'finis la conversation par un 'Ok, j'arrive tout de suite!". Quelques rues plus loin et quelques minutes plus tard, j'arrive sur place. Mon acolyte m'ouvre la porte, j'entre sur les lieux. Et la première chose qui me frappe, c'est cette odeur de cigare et sa fumée qui tapisse le plafond de la salle. Celle la même qu'on a retrouvé l'année dernière au "Lipopette Bar". Il n'y a pas de doute possible, c'est bel et bien encore un coup de celui qu'on nomme Oxmo Puccino.
Un bout de papier dépasse de la moquette, je lis: "La Réconciliation". Je cherche à comprendre le sens de ce message qui n'a pas été choisis par hasard. Quel contraste ! Ce mot à l'ambition si positive utilisé pour définir son acte si dévastateur... Son complice, DJ Cream, arrêté sur place lors de cette découverte, était encore en train d'arranger et de mixer le tout avant notre arrivée. Je l'attrape par le col et le traîne dans la pièce d'à côté. Assis dans le noir sur un tabouret, je vois ses pupilles se rétracter devant la puissance du spot que je lui inflige. La sueur coule de son front, mais il est tellement tendu que je sais déjà que je ne pourrais rien en tirer. Dommage d'en arriver là, mais si c'est le seul moyen pour arrêter ce carnage, utiliser la force devient alors légitime. Je décide donc de menacer sa collection de vinyls,... sous autant de pression il finit par craquer et à m'avouer des choses dont je n'aurais jamais pu imaginer auparavant.
Oui, il connait Oxmo Puccino depuis longtemps, oui il était à ses côtés lors de la mixtape Opération coup de poing, oui il a aussi participé au célèbre Opéra Puccino, et j'ai encore mieux, c'est lui le commanditaire de ce nouveau projet! C'est sûr qu'en faisant appel à son ami, qui est l'une des plus grosse pointure du milieu, le résultat serait garanti. Après quelques tentatives de me corrompre pour ne pas le poursuivre, il se décide à me donner une copie de cette fameuse "Réconciliation", tout en me racontant qu'il ne s'agit d'une oeuvre dont le seul but était de se faire plaisir, de la bonne musique en totale indépendance. Bah bien sûr...
Après quelques écoutes, cette mixtape ne faisait que confirmer le talent d'écriture du poète urbain qu'est Oxmo Puccino. Il raconte toujours aussi bien ses histoires en alliant son flow avec des punchlines frappantes tout droit sortis de son mental. Beaucoup moins émotif après quatre albums, il lâche des inédits percutants avec "Tiroir-Caisse" ou encore un délire ego-trip "He Ouais". "Le meilleur que moi j'attends qu'il naisse/ j'écris au lance-flamme eux aux silex, à la mode comme les filles de l'Est/ on me demande en feat. j'réponds on fait du fitness?". Le principal défaut que je perçois dans leurs actes se sont les productions, qui sentent trop le synthétique. Une ambiance qui colle pourtant bien avec les dires de l'artiste, mais la musicalité nous empêche d'en apprécier la vraie valeur des textes. Dj Cream m'interpelle en me rappelant qu'il n'est pas le seul à avoir bossé dessus, Oxmo a également mis quelques unes de ses compositions, ainsi que DJ Mars qui a produit "Sans Pourquoi Ni Parce Que" feat Sadik Asken.
La mixtape est donc un mélange d'inédits, mais également de titres déjà connus remixés par DJ Cream, comme l'anthologique "Mama Lova" superposée au "Dear Mama" de 2Pac (interprétation qu'il a déjà fait en live), la "Roulette Russe" du Lipopette, mais aussi ce morceau assez rare, "Les Jeunes du Hall" (extrait de la compilation La Dernière Chance). D'une description crue d'un "Paris By Night" avec Seven, d'une collaboration avec son poulain Tedyblow, d'une atmosphère plus dancehall avec "La Chaussette" feat Fefe Tropical, d'un featuring virtuel avec Biggie sur le poignant "Les Yeux dans les cieux", Oxmo nous montre sa diversité et sa facilité à poser pour différents sujets. Une oeuvre s'ajoute en plus à son compteur. Je décide de relâcher sous surveillance DJ Cream, afin de peut être un jour croiser le chemin de ce rappeur qui, apparemment, n'est pas prêt de laisser définitivement sa plume dans l'encrier.






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