« Le Rap Sera Jamais Mort », est l'un des nombreux titres sorti durant une longue carrière de huit années en totale indépendance chez Menace Records. De son premier essai T'as Ma Parole sortie en 1999, à 1260 Jours, l'album qui le propulse au devant de la scène underground française (sorti en 2004), en passant par l'album en commun avec LIM (Rue), Alibi Montana connaîtra une reconnaissance étendue, grâce à un rap sincère et représentant beaucoup de personnes. Le rappeur vantait les mérites de se faire connaître, même en autoproduction, et prônait même ce rap loin des objectifs des majors (comme il l'avait fait dans « Industrie Du D » sur l'album Numéro D'écrou). Début 2007, le gars de La Courneuve signe un deal avec Because Music, en indé plus gros avec beaucoup plus de moyens, témoignant de cette volonté de ne pas dévier de ce qui a toujours fait son succès, son rap ‘sous-terre-à-terre'. C'est dans cet état d'esprit qu'Inspiration Guerrière débarque.
Il faut savoir que le contenu lyrical du protagoniste n'est pas considéré comme son point fort (du point de vue des défenseurs d'un hip hop conscient et poétique),ses phrases sont souvent simples et les refrains vont droit au but (« C'est l'heure de vérité, c'est d'partout qu'on vient représenter, tous les mecs et toutes les meufs à nos côtés »). Des écrits tape-à-l'œil explicites qui tapent aux oreilles, ceux la même qui faisait souvent mouche à ses débuts. Quelques poids lourds du rap français et autres associés viennent prêter main-forte. Le Menace Crew vient représenter sans pincette avec « 93 Busy », ou encore LIM et Sefyu aka la réunion du rap polémique, ancré dans la ghetto mentalité, qui viennent en rajouter une couche avec leurs voix customisés sur « Honneur aux Ghettos ». Son duo avec Sinik, « L'heure de vérité », n'est pas aussi explosif que l'affiche laissait annoncer, tandis que Diam's revient jouer les tristes séparations sur « Loin des yeux, loin du cœur ». Mais la présence de tous ces artistes est assez relative, puisqu'aucun d'eux ne vole la vedette à Alibi Montana. Au niveau des productions, on pourra constater un travail plus propre, plus soigné, plus professionnel qu'auparavant. Les mélodies se calent dans le style rap français classique (piano, violons,…), avec une grande influence aux sonorités américaine, dans la mouvance Dirty South actuelle.
Alibi Montana fait comme à son habitude un rap de rue qui parle 'à la couche d'en bas' comme il le dit. Certains diront qu'au niveau de l'écriture, Alibi a fait mieux par le passé. Néanmoins il est capable du meilleur, à l'image de punchlines telles que "Le rap est bouleversé par mes versets/ comme le Christ pour mon ghetto/ mon sang s'est versé", ou de textes plus profonds avec « Ma Rue Slammée » en lâchant des phrases comme "La pauvreté et la paix ont du mal a co-exister, a nous de faire comprendre jusqu'au sommet les plus haut, qu'on a le droit d'exister." Tout comme ce morceau populaire vraiment efficace, l' « Hymne au Travail », qui rend donc évidemment hommage à tout ceux qui font avancer les choses de part leur fonction. D'autres chansons comme le retrospectif « J'ai Vu », ou encore l'original « Rap Français Sans Complexe » qui impose un peu plus de respect pour le rap hexagonal. Pour l'anecdote, Rap2K a même droit à un big up sur le morceau éponyme « Inspiration Guerrière » !
La trentaine arrivée, le rappeur garde un rap très 'rentre-dedans', quoiqu'avec une certaine retenue, et sur cet essai, on sent qu'il a plus envie de prouver que son intégrité reste intacte, plutôt que d'essayer de concilier les fans et les plus réfractaires. Si l'opus est principalement destiné au peuple des quartiers, grâce à un premier single coup de poing (« Street Fight »), Alibi Montana étend son rap pour se faire reconnaître plus amplement sur le territoire.
Chronique de The Carter revue par Bobby_Milk et Sagittarius






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