HH Evangile selon Saint JP, chapitre 17
Et la tribu Wu-Tang s'avança, conquérante et menaçante, sur le royaume du Hip-Hop.
Entrez, mes condisiciples, entrez dans les 36 chambres, venez à moi, s'écria Saint RZA.
Et ils y entrèrent, tous, se convertirent au rap brutal de New Mecca York.
Ils formèrent leurs propres tribus.
Les quatre disciples Hell Razah, 62nd Assassin, Prodigal Sunn et Killah Priest s'unirent au sein des Sunz Of Man.
Puis ils prirent la route seuls, pour répandre leur bonne parole dans un monde en perdition.
Après des années de prêche, à la fin de l'été, le vénérable Killah Priest se leva et déclara à l'assemblée de disciples assis en tailleur :
« Prenez, ceci est mon offrande ».
Exégèse du Psaume de l'Offrande, 12.6
Au sein du microcosme hip-hop new-yorkais, il est coutume de dire que les membres du deuxième essaim d'abeilles tueuses du Wu-Tang n'ont pas le dixième du talent de leurs glorieux aînés. Que cette Wu-Fam n'est composée que d'opportunistes ou de proches sans réelles aptitudes. A cette nuée de critiques, Killah Priest a toujours échappé. Le massif Walter Reed est quasi-unanimement reconnu pour ses prouesses lyricales. L'énorme "The Last Shall be First" des Sunz Of Man, ainsi que son mythique "Heavy Mental" en 1998 lui ont assuré une crédibilité à toute épreuve, tant au niveau de son talent pur que de son aptitude à le bonifier sur disques. Depuis lors, les sorties se sont enchaînées (View From Masada, Priesthood, Black August) sans jamais retrouver la flamme des débuts... Comme pour la plupart des grands lyricistes, la faute revient à une sélection d'instrumentaux douteuse, et une certaine monotonie des flows. The Offering pourra-t-il gommer ces défauts?
La pochette de l'Offrande est une icône biblique, Saint Priest bénissant le Dernier Repas sous l'oeil des projects de Brooklyn. Ce symbole nous informe que le Sun Of Man n'a pas l'intention de baisser le pied sur les références religieuses. Un musulman israélite qui utilise la symbolique chrétienne? Après tout pourquoi pas! Tous dans le même bateau... Musicalement, la production est en bonne partie assurée par l'escouade Godzwrath (Jordan River Banks, Ciph Barker et MOD, déjà à l'oeuvre sur Black Market Militia) et par plusieurs no-names. La couleur musicale choisie est bien évidemment plutôt sombre, mystique par moments mais néanmoins très axée rue, voire gouttière.
Passée une intro rappée des plus classiques et un "Salvation" assez peu inspiré (une imitation sans âme des premiers hits de Killarmy, sample militaire compris), l'album démarre vraiment avec une collaboration choc : Nas, à peine sa rose déposée sur la tombe du hip-hop, vient faire un tour dans l'univers de KP sur "Gun For Gun", pour un concours de citations de Malcolm X et Martin Luther King sur fond de rues ensanglantées. Ma foi rien d'original, mais l'instru a la pêche et les 2 Mcs sont en forme... Gun for gun streets filled with rivers of blood / Raised in the PJ's with real niggas and thugs / Eye for an eye a tooth for a tooth / Blood for blood coming to a theater near you / It's all love. A ce stade, l'auditeur est déjà renseigné sur LE thème de prédilection de Priest, décliné tout au long de l'album : un mélange de références religieuses, mythologiques ou historiques, d'histoires de thugs, de rue, de politique et de fictions...
KP fait également étalage d'un flow agressif, sur les guitares nerveuses de "How Many" et surtout sur la bombe "Priesthood", egotrip bouillant, grosse performance parsemée de clavecins. Watch 'em he's like the new Rakim / On everybody's favorite rapper list I view top ten I keep boxing I'm a fighter / One of the best writers / I came from Brooklyn with that Bedstuy fire / That Brownsville flow / Pounds of 'dro my crown my robe / Who's the greatest king? Now y'all know. Au rayon des satisfactions, la voix pitchée de "Uprising" fait son petit effet, tout comme l'intrigante mélopée d'un "Melodic ptII" accompagné de son compère Hell Razah, ou les paisibles cuivres de "The Offering". Le posse cut des Horsemen "Inner G" déçoit, la faute à de moyennes performances de Ras Kass (une fois n'est pas coutume) et d'un Kurupt s'essayant à un flow qui ne lui convient manifestement pas... La branche East Coast du groupe, Canibus et Priest, s'en tirent eux avec tous les honneurs. A partir du milieu du disque, les sonorités ont quelque peu tendance à lasser, par leur réalisation moyenne et leur manque d'originalité ("Ghetto Jezus", "Truth B Told", "Osirus Eyes") ce qui enlève de l'attrait aux paroles recherchées de Priest : Right before I get in my zone, I sit in my throne / Then I lounge, one foot pivot, while I'm spitting my poem / My poetry so vivid it was written in stones / They say "Priest some sort of mystique; he speaks wisdom of unknown" / I'm the poet blindfolded, my queen's palms cover my ears / So when I wrote this intuition was there / My brain's a replica of Mecca / My mind holds the secrets to Egypt / But however, I stay on some street shit. Même constat sur "Standstill", malgré l'excellente apparition d'Immortal Technique. C'est cet instant que choisit le prêtre pour glisser deux ballons d'oxygène dans la tracklist : le planant "The PJs", courte balade au coeur des immeubles de Brooklyn en compagnie de son fils Zariya, orchestrée par un sample du merveilleux The World is a Ghetto des funkateers californiens de WAR ; puis "Happy", titre contrastant avec la tristesse d'un texte qui reste dans la famille puisque dédicacé à sa grand-mère. Inside My Love de Minnie Ripperton a beau être un titre ultra-grillé, sa mélodie n'en reste pas moins toujours aussi magnifique... "Essential" sert de résumé à cette Offrande, un titre orchestral de près de sept minutes, où KP démontre une nouvelle fois ce qui fait sa force : cette capacité à peindre des portraits, des paysages, faire vivre des scènes par ses rimes... Il suffit de fermer les yeux, monter le volume dans le casque et le film démarre... The night's a dark lord, well dressed, inducing our Sun / Upon the dawning of a full day he usually will come / Galloping upon his winged horse / Leaving trails of Stars across the planet.
The Offering est un ton au-dessus des autres livraisons de Killah Priest, l'intouchable Heavy Mental excepté. Loin d'être exempt de défauts, il concentre toutefois largement assez de qualités pour marquer certains esprits cette année. Toutefois, le meilleur album solo d'un membre des Sunz Of Man en 2007 restera Renaissance Child, l'impeccable livraison d'Hell Razah. Pour votre pénitence mon fils, vous me réciterez trois Notre Père et quatre Je Vous Salue Marie. Allah U Akbar, et je vous souhaite un excellent Sabbat !






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