Rappellez-vous: en 2005 Rap2k diffusait "Classic" de Bakar en totale exclusivité. Le buzz a tout de suite pris autour du concept de la chanson de ce rappeur de Chartres. Pris sous la houlette de Kilomaitre Production, son street-album Pour Les Quartiers n'avait fait que confirmer les espoirs mis sur ses épaules. Mais tous ceci était consigné que comme un simple préambule de son premier solo. Au final, suite à divers soucis personnels et artistiques, "Il aura fallu ça", presque quatre ans pour que Bakar puisse enfin révéler au public rap français un projet bien concret.
"Rose du Béton", un joli contraste poétique déjà entendu (on pense à 2Pac), mais qui laisse tout de suite percevoir l'objectif et la vision de l'artiste, un peu de couleur vive dans un monde teinté de gris. Vouloir montrer qu'il n'y a pas que des mauvaise graines et du négatif en banlieue, dénoncert les clichés, le racisme et tout le "Mal être" qui stagne dans les quartiers, sont les principaux thèmes qui ressurgissent dans ses morceaux. Un choix plutôt judicieux, même si malheureusement pour lui, ces sombres tentatives d'émouvoir, de faire réagir l'auditeur sont bien trop redondantes, plutôt simplistes et étouffent en fin de compte l'idée première. Certaines chansons arrivent tout de même à apporter son lot d'émotions comme la track éponyme avec Mélissa ou le single "Pour les Quartiers" et son sample soulful, avec le trop rare J-Mi Sissoko au refrain. Un optimisme qui donne un peu plus d'ampleur à l'ensemble, une narration qui décrit son environnement sans prise de tête et agréable à entendre. Tout comme sur la piste la plus touchante de l'opus, "L'envolée", qui rend hommage au paternel.
Bakar pioche clairement ses influences majeures chez Kery James, cela se ressent d'ailleurs énormément dans son flow, sa manière de faire passer ses messages. Une style qui bien sûr ne fera pas l'unanimité, tant il pourrait être vu par certains amateurs de rap français comme surfait, mais néanmoins qui correspond et s'adapte pourtant bien avec son écriture, comme il le démontre sur "Djejairi" (et sa boucle de piano à la Dr Dre). On parlait de Kery James, on le retrouve justement sur "N'incite pas" (avec la touche reconnaissable de Weal Star à la prod), mais pour le titre le plus revendicateur, il faudra se pencher sur le dénonciateur "Les Gens Comme Eux" avec Médine et Sinik pour le remix. La chanteuse/présentatrice sur MTV China, ou encore les autres signatures de Kilomaitre comme Diam's ("Devant ma Fenêtre") et Taïro ("Conscience d'Arabe") viennent aussi apporter un quelque chose à l'album. Pour les retardataires, vous pourrez aussi découvrir "Mémoires d'Immigré" ou encore "Le Bloc", deux titres déjà présents sur son street-CD.
L'autre défaut réside peut-être dans un léger manque d'originalité dans les instrumentaux (les habituels pianos et violons), mais Rose du Béton se voulait être un album grisé au fusain comme un paysage urbain décoloré par les nuages et la tristesse des populations. Et c'est au travers de ces teintes sombres que Bakar vient redonner des couleurs en apportant des lueurs d'espoir et un message décrit comme universel.
(+ Sagittarius)






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