Life goes on est le quatrième album solo de Trae. Cofondateur du groupe Guerilla Maab, avec son cousin Z-Ro, et des ABN (Assholes By Nature), Trae (se son vrai nom Frasier Thompson III) fait partie de cette nouvelle scène du southern rap sur Houston avec des artistes comme Slim Thug ou Mike Jones. Ses débuts en 1998 sur le premier album de Z-Ro marque le début d'une carrière assez fructueuse et fait de lui une figure établie du rap texan. Restless, son premier album sous la bannière Rap-A-Lot, a rencontré un succés d'estime même s'il a peiné pour trouver son auditoire en ces temps troublés pour les ventes d'albums aux Etats-Unis. Digne héritier de Scarface ou UGK, Trae se révèle être un rappeur authentique et intègre. Sa voix, lente, profonde et gutturale est sa marque de fabrique et se rapproche de celle de Z-Ro.
Comment ne pas parler de cet album sans parler du titre émouvant dédié à Big Hawk, décédé en 2006, membre - comme Trae - des Screwed Up Click, fameux groupe de Houston ? Produit par Mr Lee, le morceau composé d'une boucle de guitare wawa, de nappes de synthé et de violons est un hommage poignant et sincère à Hawk qui était une figure emblématique de la scène rap de Houston. L'interlude qui précède le morceau est un patchwork de commentaires à propos de la mort du rappeur sur l'instrumental de Swang (single sur lequel rappait déjà Hawk et son frère Fat Pat également assassiné) et sert parfaitement d'introduction à la chanson. La douleur que ressent Trae prend tout son sens lorsqu'il rappe :
Sometimes I feel I should've never got that call
And when I made it to the scene it's like my spirit took a fall
I was the last to leave the place where they found you, I couldn't breath at all Sometimes
I wake up feelin like why the fuck should I breath at all
Cette tristesse et cette mélancolie font de "Give my last breathe" une chanson magnifique tant dans la composition que dans l'écriture : Trae se révèle doué pour faire partager sa peine de manière simple et émouvante. Des similarités se retrouvent dans le titre "Life goes on", où la musique laid-back se marie parfaitement avec le propos, là encore assez mélancolique : "You know that life goes on/ The pain inside got me singing this song/ That's why I'd rather be on my own/ But I ain't mad at cha". Mais si Trae sait appuyer sur la corde sensible, il n'oublie pas pour autant que c'est un homme et qu'il sait s'adresser aux femmes, même si évidemment, c'est avec tout l'orgueil et la fierté d'un thug. Ainsi, aux côtés de Lloyd et Rich Boy, il revêt le costume de ghetto lover sur "Ghetto queen" en proposant simplement à la gente féminime de prendre du bon temps à ses côtés : "I'm tryna be ya partna while I'm late night flippin on the block/ So we can post up on this glass, tippin the Chevrolet". La performance de Rich Boy est anecdotique puisque il n'évite pas les écueils propres à ce genre de sujet ("We can go to the Bahamas in the summer…", très originale comme destination !). Trae n'est pas éclipsé sur ce morceau mais ce n'est pas le cas sur "Against all odds" ('Contre toute attente' en français) où il partage l'affiche avec Tupac. Le couplet de Pac provient de "Deadly Combination" avec Big L, présent sur The big picture son album posthume sorti en 2000. On se rend compte sur ce titre le fossé qui sépare un bon rappeur d'une légende à l'aura démesurée !
Parmi tous les featurings de l'album, il est curieux de retrouver deux des trois membres de The Lox, à savoir Styles P et Jadakiss (ce dernier s'étant fait assez rare depuis son hit single "Why") sur le titre "Smile". Les deux MCs réalisent une performance honnête. Tout aussi surprenant est de constater que le producteur de ce titre, Sean T (figure historique de la Bay) n'a fait que refourguer un beat qu'il avait concocté à l'époque pour un album de Messy Marv et San Quinn… On se demande à quel point certains beatmakers peuvent se moquer du monde, à moins que Trae ait particulièrement apprécié ce son au point de le vouloir inchangé sur son album. Au rayon des ‘standout cuts', il faut souligner la collaboration avec Slim Thug qui fait un très bon couplet mais beaucoup trop court, dommage. Celui-ci n'est jamais à court de punchlines comme il le démontre avec les paroles suivantes : "I make the money but don't let the money make me/ But my money make a lot of haters hate me". "Nothin 2 a boss" n'est rien d'autre que la réunion de deux artistes respectés dans leur milieu et qui le prouvent sur un mode ‘boast and brags' : en gros ‘j'ai de l'argent mais ce n'est rien pour un boss'. A signaler que le morceau sample "Winter sadness" de Kool and the Gang, une chanson samplée de nombreuses fois dans le rap. Il y a donc à boire et à manger dans cet album puisque on navigue entre morceaux ‘screwed and chopped', titres crossovers, morceaux aux accents old school ("Against all odds") et même live ! Sur ce point "I'm good", qui invite Jody Breeze, lorgne du côté des Roots avec des instruments live mais la sauce ne prend pas vraiment car la track tombe un peu comme un cheveu sur la soupe ! Même si l'effort est louable de la part de Trae, ce genre de détours expérimentaux ne rend pas justice à la cohésion de l'album… "The truth" vient clore Life goes on de manière magistrale : sur le I want to thank you de One way, Trae réalise une performance de MC assez notable, sans refrain, sans drums et sans artifices, en rappant pendant quatre minutes de pur bonheur.
Mais ce concert de louanges ne masque pas les défauts de cet opus. A commencer par le nombre de skits (cinq) où un illustre inconnu laisse des messages sur le répondeur de Trae : on aurait pu largement se passer de ces interludes qui n'apportent rien à la cohésion de l'album et traduisent une grande vacuité dans leur contenu. Ensuite plusieurs morceaux sont ‘skipable' même si on ne peut pas parler de fillers étant donné qu'il n'y a que quatorze titres. "Throw aways", "I'm a gangsta" ou "C me ride" sont des titres sans aucune inventivité, qu'on oubliera très vite. Même "Gittin high" qui mélange refrain screwed & chopped et atmosphère jazzy se révèle être assez ennuyeux. Quant à la réunion de Trae et Lil Wayne, elle ne fait que souligner la prestation médiocre du rappeur de la Nouvelle-Orléans et la volonté affichée de surfer sur le buzz qu'il génère actuellement (impossible de sortir un album sans la présence de Weezy de nos jours puisque même Little Brother l'a invité sur Get Back).
On n'est pas déçu de cet album car Trae continue sur la lancée de Restless et on aurait aimé un peu moins de variété et un peu plus d'homogénéité dans la musique mais Trae confirme que c'est un artiste à part entière et qu'il mérite les lauriers que les amateurs de southern rap lui ont tressés. Life goes on…






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