N'est-ce pas un peu frustrant de découvrir un artiste qui en est déjà à sa sixième réalisation ? Avouez que si... Il n'empêche qu'il est bien difficile de vous en vouloir puisque l'artiste évolue dans un environnement très discret loin de l'agitation massive et (souvent) dérangeante de l'industrie musicale dans sa globalité. Donc pour lever le voile sur ce personnage, il vous faudra de bonnes connaissances en Nu-Soul (il est apparu sur l'album live de Jill Scott Experience : 826+ et travaille fréquemment avec Musiq Soulchild) et de vous intéresser un tant soit peu au Hip Hop avec DJ Jazzy Jeff. Une fois ces bases acquises, vous vous trouverez nez à nez avec un Homme passionné par la musique, qui maîtrise son objet d'expression avec un très grand sérieux (il a suivi des cours de musique à l'Université d'Howard) et qui signe donc son sixième album simplement baptisé Left. Celui-ci surplombe une discographie prestigieuse de qualité qui donnera à coup sûr le vertige pour tout passionné de soul.
A défaut de rendre ambidextre les droitiers, Eric Roberson va stimuler vos tympans car il est compliqué de ne pas rester bouche bée face à une réalisation aussi bien ficelée. Tout débute par un "Music" gorgé de saxophones où Eric estime que la musique ne peut que le faire avancer et le rendre plus fort Music Take Me Higher, une phrase remplie de sens qui va servir indirectement de fil conducteur et de pierre angulaire à l'édifice artistique. Entre des productions tantôt électroniques "Evening", tantôt plus brutes "Been In Love Feat. Phonte", tantôt plus mélodieuses "Only For You", Eric Roberson entraîne l'auditeur dans son univers, celui de l'audace et de la constante prise de risques. On sent qu'à chaque seconde, il se défait avec une telle maestria de productions atypiques et pose sa voix chaude avec une délicatesse fascinante. Ecouter des titres de la trempe de "ILuv2Much" nous rendrerait presque amoureux voire plus encore en se délectant de la parfaite collaboration d'Algebra Blessett, ce morceau nous laisse découvrir une relation solide et intime qu'entretiennent les deux protagonistes. Evidemment pour tout album majeur qui se respecte, il est nécessaire de fournir des pépites plus incroyables les unes que les autres à l'image de ce "To Soon" touchant et poignant qui nous explique que la précipitation dans une relation amoureuse est une attitude qui ne peut mener qu'à des déceptions. N'oublions pas de mentionner les choix judicieux d'instrumentaux qui apportent à leurs manières une touche bienvenue à ce bloc (Les violons lointains de "Right Or Wrong", le très smooth "The Baby Song" et ses flûtes) ni le final "Couldn't Hear Her" absolument magique où Eric fait étalage de tout son talent. Curt Chambers conclut d'une manière admirable le titre à coups de guitare électrique.
Plus qu'un splendide songwriter, Eric Roberson narre des histoires qui, du point de vue de la thématique, peuvent s'avérer redondantes mais qui une fois traitées par sa plume affûtée deviennent de purs moments de bonheur tellement chacun peut se retrouver dans ses textes remplis de sincérité.
Incontestablement, il y a rien à jeter dans ce sixième opus, chaque titre mériterait à lui seul une description détaillée tellement c'est profond et authentique, tellement ce disque sonne juste de la première seconde à la dernière. Au lieu de se perdre dans des élocutions vides de sens et qui au final vont déboucher sur une constatation contemplative, nous vous conseillons de suivre ce message suivant : Eric Roberson signe un chef d'oeuvre viscéral qui mérite de longues et attentives écoutes, un diamant aux multiples facettes taillé avec un souci du détail maladif. Croyez-en notre expertise et n'ayez pas peur, tentez l'aventure... Vous ne le regretterez pas!






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