Craig David c'est un peu l'ami que l'on aimerait tous avoir : un individu motivé par la musique, qui traite chaque problème avec philosophie du haut de ses 27 ans et dont son caractère est bâti sur une vague impression d'innocence troublante. Reste que si Craig embrasse le profil de la parfaite amitié, il aurait de quoi énerver plus d'un avec sa belle gueule capable de faire fondre toutes les filles… Au point de nous laisser tirer notre plan avec les miettes… Mais comment lui en vouloir après nous avoir charmé sur le magnifique Born To Do It, subtil mélange de Garage et de RnB contemporain ? Sorti en 2000, cet opus avait fait l'effet d'une bombe lors de sa sortie : il a connu un succès immense en Grande Bretagne et a démocratisé un genre musical qui, jusqu'à présent, évoluait dans un registre plutôt confidentiel. Fort de ses 13 millions de disques vendus à travers le monde, Craig a décidé de faire table rase du passé et de repartir sur de nouvelles bases après sa période d'égarement plus qu'inquiétante (Slicker Than Your Average et The Story Goes… ont donné des sueurs froides au fans). Enregistré à Cuba avec le producteur (entre autres) de James Morrison, Glen Scott et David Angell, Trust Me a, comme sa dénomination l'indique, la lourde tâche de renouer la confiance avec ses anciens fans qui s'étaient arrêtés depuis 8 ans sur le premier disque.
Démarrant timidement par un « Hot Stuff (Let's Dance) » anémique qui sample laborieusement le classique des années 80 « Let's Dance » de David Bowie, l'album s'illumine rapidement par « 6 Of 1 Thing » qui fait l'étalage de la rapidité des vers de l'artiste. En effet, Craig est très doué quand il s'agit d'articuler rapidement, d'ailleurs sur le titre on en serait presque essoufflé à sa place. L'artiste poursuit sur cette lancée avec des titres très agréables comme « Friday Night » qui, à défaut d'être un morceau incontournable, nous fait passer un très bon moment, ou encore « Awkward » qui affiche une très belle collaboration avec Rita Ora, une chanteuse âgée de 17 ans à peine !
Si le maître mot de l'approche artistique de Craig se cantonne au classicisme, il n'en reste pas moins qu'il est toujours aussi capable de nous abreuver d'excellents sons comme le superbe "Kinda Girl For Me", qui sample à merveille un classique du Motown (« You Are Everything » des Stylistics), ou encore le très officiel « Officially Yours » sur lequel il exprime à sa chère que suite à des événements indépendants de sa volonté, il était dans l'incapacité de s'occuper de sa relation amoureuse, une situation désormais rétablie. On le voit bien, l'Anglais n'a rien perdu de son aisance à écrire des paroles qui vont droit au coeur et arrive, à toucher du doigt son style classique connu de tous.
Pour dire les choses comme elles sont, l'album est très bien produit puisque il contient de belles lignes de piano, des cuivres ainsi que la mise en avant des saxophones mais paradoxalement, le bloc peine à convaincre. Cela est dû à la fois à un manque flagrant d'innovation et à une voix timide qui a perdu un peu de sa force d'antan. Ainsi l'ambiance bifurque entre références à la culture cubaine avant de s'attaquer à des phases plus instrumentales laissant l'auditeur, seul, perdre tous ses repères. En clair, il manque à ce projet une ligne directrice bien visible qui permettrait d'assurer une écoute fluide et plus naturelle. Si on continue dans les reproches, les morceaux « Top Of The Hill » et « This Is The Girl » achèvent tristement un album qui contenait de prime abord de belles surprises, car ils affichent respectivement une platitude affolante et une production électronique mollassonne dont notre seul souhait est d'en finir le plus rapidement possible avec l'écoute.
Pourtant ce ne sont pas les bons sons qui manquent à l'image de « Don't Play With Your Love » et ses chœurs fiévreux qui effectuent une prestation intéressante sous des influences latinos mais, malheureusement, il est bien difficile de répondre à l'affirmative au titre de l'album. Avec seulement 11 titres, l'erreur n'est pas permise car chaque écart se paye cash et c'est un peu ce dont est victime ce disque : de belles idées nappées d'influences diverses mais dont la forme laisse perplexe au fil des analyses auditives.
La confiance est un terme qui exige des efforts importants pour l'obtenir et quand bien même ce mot est utilisé à des fins mercantiles, l'auditeur doit trouver des éléments qui lui permettrai de donner raison à la demande de l'artiste… Or il y a de grandes chances que celui-ci reste sur sa faim. Bref, si les fans de Craig trouveront dans cette sortie des beaux sons qui viendront enrichir leur chanteur préféré, nous autres, attendons impatiemment un album qui puisse enfin rivaliser avec Born To Do It… Mais l'attente risque d'être encore longue.






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