La scène de Detroit regorge de talents. L'un d'entre eux a suscité chez l'auditeur averti une attente toute particulière. Guilty Simpson, né Byron Simpson il y a 31 ans de cela, a écumé des années durant la scène de Detroit lui permettant ainsi de côtoyer divers talents tels que Eminem et son groupe D12 et les membres de Slum Village. De ses périples sont nées des amitiés ainsi que des relations de travail. Mr. Porter et J Dilla ont notamment reconnu en Guilty un personnage atypique et talentueux. Un projet avec ces deux producteurs était d'ailleurs prévu, un album astucieusement intitulé The Verdict. Divers événements comme la maladie du regretté J Dilla ont contraint les protagonistes à ne pas faire aboutir un projet qui, sans vouloir paraître péremptoire, aurait sûrement fait des dégâts.
Dans le monde du rap comme ailleurs, il n'est jamais trop tard pour bien faire. Annoncé pour sortir fin 2007, son premier LP, Ode To The Ghetto, sort en ce mois de mars 2008. S'appeler Guilty Simpson actuellement permet de s'entourer de grands noms de la production du rap game. Présents à l'appel Mickael Jackson et son grand frère Otis (respectivement Oh No et Madlib), le producteur mort-vivant J Dilla, l'étoile montante, et à n'en pas douter bientôt au sommet, Black Milk, Mr. Porter des D12, DJ Babu des Dilated Peole, dont la présence n'était pas spécialement anticipée, et Ronnie Koss.
Une fois l'album inséré dans la chaîne hi-fi, le volume sonore fébrilement augmenté, l'écoute peut commencer. "The American Dream" ouvre le bal. Madlib propose ici la première de ses cinq productions sur ce projet. Après quelques secondes marquées par des sonorités tribales, on entre dans le vif du sujet. Du classique dans la forme. Pas transcendant. Plus une introduction qu'autre chose. Suit la première production de Mr. Porter. "Robbery" offre pleinement l'occasion à Guilty de marquer ce disque de son empreinte vocale. Flow maîtrisé de A à Z. Nous reviendrons sur ce point plus tard dans notre développement. Soulignons l'agréable refrain chanté sur ce morceau. Madlib vous a déjà manqué ? Le voilà qui débarque à nouveau. Là encore, admettons le, rien qui fasse chavirer notre coeur. Néanmoins l'écoute de "She Won't Stay At Home" est éminemment sympathique. Mais il est temps de passer à du lourd. Dans la famille production venue d'un espace inconnu j'appelle éFootworké. Les diverses sonorités monopolisées et la complexité du travail de Oh No sont à saluer (Decypher étant crédité à la coproduction). La dernière minute de la track est particulièrement puissante. Respect.
L'enchaînement s'effectue avec la seconde et dernière production de Oh No. Morceau qui donne son nom à l'album (ou l'inverse…). Pas mal. Mais pas de quoi s'extasier. Nous retrouvons maintenant Mr. Porter pour le premier extrait à avoir droit à son clip. A juste titre. "Get Bitches " c'est du lourd, du brut. La variation au refrain est simple mais tout simplement enorme. Le producteur nous y gratifie de sa voix reconnaissable entre mille. On ne peut qu'apprécier ceci. Track en tout point addictive. Trop courte peut-être. Dans la Dilla's house, se cachent quelques productions que le prévoyant James Yancey avait épargnées pour les mauvais jours. La production réglementaire de J Dilla, "I Must Love You", peut diviser. Pour ceux que les refrains chantés exaspèrent le moment ne sera sans doute pas très agréable. Ceux qui apprécient l'exercice seront également ravis d'entendre Guilty poser calmement sur cette production faisant la part belle à des chœurs parfaitement exploités. "The Future" offre le premier featuring crédité, MED. Avec "Pigs", arrive l'instant de souffrance. On a beau écouter ce son une bonne dizaine de fois, la sensation d'assister à un boucan organisé ne peut s'estomper. Les plus grands fans de Madlib trouveront peut-être des qualités à ce son. C'est leur droit.
Il faut attendre la dixième track pour retrouver Black Milk aux manettes. Avec "My Moment", il poursuit incontestablement sa livraison de gros sons. Attention aux nuques. Ca fait mal ! Les fans de Sean Price auront plaisir à le retrouver sur la seconde production de Black Milk, à savoir "Run". Dans le style rentre dedans, Sean P n'a plus rien à démontrer. Il est le complément parfait de Guilty. L'un fonce, l'autre glisse. Le producteur se permet de poser sur le refrain. Agréable. "Kinda Live" met probablement en évidence le coté le moins bon du travail de Mr. Porter. Track reposante pour les plus cléments, track ennuyeuse pour ceux qui ne le sont pas… Madlib nous rappelle à son bon souvenir sur "Yikes". Peu originale mais efficace dans le genre. On continue avec le bon "The Real Me" signé Black Milk. Pour retrouver du très haut niveau il nous faut passer à la track suivante, "Kill ‘Em". DJ Babu fournit une production sombre à souhait. Guilty est parfaitement dans son élément. Mention spéciale aux scratchs merveilleusement travaillés à la fin. Avant d'éteindre la sono "Almighty Dreadnaughtz" s'offre à nous. Cette track a le nom du collectif auquel Guilty Simpson appartient. Konnie Ross, qui pose sur ce morceau en compagnie de Super MC et Krizsteel, se charge d'une production qui ne restera pas dans les annales.
L'auditeur pourra souligner que le manque de collaboration sur cet opus, donnant ainsi une présence écrasante de Guilty Simpson, s'accompagne d'une redondance dans ses performances au micro. Les variations ne sont pas le fort du emcee. Son flow est linéaire, constant sur la quasi intégralité du disque. Est-ce une critique ? Oui si on juge que ce manque de variation est le signe d'une incapacité à se renouveller ou si le style proposer par Guilty ennuie. Non si on considère l'œuvre dans son ensemble. Ici ce n'est pas Guilty qui se met au service de Guilty mais les beats qui se mettent à son service. Si à la base on n'est pas convaincu par Guilty alors il est certain qu'au bout du compte la critique poindra. Si ce style légèrement nonchalant plait, si la façon qu'a Guilty de glisser sur divers beat, là ou d'autres l'agressent, est considérée comme une qualité non commune, alors nul doute que les appréciations le concernant seront positives et qu'additionnés à la qualité des productions, l'écoute de cet Ode sera plaisante, réjouissante, comblant ainsi pleinement l'attente suscitée depuis plusieurs mois.
Lorsque l'attente d'un disque est importante et que les effets d'annonce soulignent la vraisemblable qualité de celui-ci, il n'est pas impossible que le premier contact avec la matière première engendre une certaine déception. Ceci est d'autant plus vrai quand on a affaire à des productions froides, dures et percutantes à la fois qui caractérisent celles de Ode To The Ghetto. Mais tel le bon vin, cet album prendra indéniablement de la substance au fil des écoutes. Une production ayant paru suspecte lors des premières écoutes peut s'avérer, le temps passant, plus travaillée que bâclée, plus complexe que brouillonne. Parfois il arrive que les écoutes successives amplifient les critiques originelles. La musique n'est pas une science exacte. Notons ce disque à l'état actuel de nos sentiments. Le temps nous permettra d'affiner notre jugement…






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